deviennent alors favorables pour une reprise générale del’offensive. Par surcroît, le canal Crozat offrait à l’arméebritannique un obstacle derrière lequel sa résistance seraitplus facile.
French ne se rendait pas à mes objurgations. D’ailleurs,pendant que je parlais, je voyais très distinctement sonchef d’état-major sir Archibald Murray qui tirait le maré-chal par les basques de sa tunique, comme pour le retenird’acquiescer à mes demandes. Si bien que tout ce que jepus obtenir de ce dernier fut : « Non, non, mes troupes ontbesoin de 48 heures de repos absolu. Après que j’auraipu les leur donner, je serai disposé à participer à ce quevous voulez faire, mais pas avant. » Murray sortit uninstant et revint avec un papier contenant des rensei-gnements rapportés dans la journée par l’aviation : onsignalait devant le front anglais des rassemblementsennemis. A partir de ce moment, je compris que rien neparviendrait à ébranler la volonté du maréchal. Je dus lequitter sans avoir obtenu de résultat. Je dois avouerqu’en quittant Compiègne j’étais d’assez mauvaise humeur,car il devenait maintenant certain que la manœuvreAmiens -Verdun devenait irréalisable et qu’il allait falloiren monter une autre.
En regagnant le grand quartier général, je traversaisla place de la cathédrale de Reims, lorsque j’aperçusl’automobile du général Wilson arrêtée devant la statuede Jeanne d’Arc ; le général attendant je ne sais quifaisait les cent pas devant le parvis de la cathédrale. Jefis aussitôt arrêter la voiture, et j’allai à lui. Il me dit qu’ilrevenait de Vitry . Nous nous mîmes à causer et, sanschercher à lui dissimuler l’impression que je rapportaisde mon entrevue avec son chef, je lui exposai mon pointde vue. Wilson voyait très distinctement la gravité dela situation ; il me promit de s’employer à ramener toutdoucement le maréchal French de l’idée dans laquelle ilparaissait pour le moment s’obstiner. Notre entretien duraune dizaine de minutes. Je remontai ensuite en auto pourrejoindre Vitry où j’arrivai à 9 h. 30 du soir seulement.