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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
Berthelot m’attendait pour me communiquer les rensei-gnements de la journée. Tout d’abord, il m’apprit que '
la 6° armée avait été attaquée à 10 heures du matin (1),depuis Bray-sur-Somme jusqu’à Ham par des forces éva-luées à deux corps d’armée au moins ; en présence de |.
cette attaque, Maunoury avait demandé des ordres en ,
cas d’échec ; on lui avait répondu de se replier éventuelle- S
ment sur l’Avre et ultérieurement sur Saint-Just-en-Chaus-sée en évitant tout contact qui pourrait être décisif. Maisvers midi l’ennemi avait cessé brusquement ses attaques,et même marqué un mouvement de repli. Dans ces con- |
ditions, le 7 e corps d’armée, seul engagé dans la journée, ;
avait, à son tour, suspendu sa retraite, et occupait l’Avrede la Neuville-Sire-Bernard à Guerbigny. Presque en même '
temps, l’aviation française et l’aviation anglaise avaient i
signalé que les nombreuses colonnes allemandes qui des-cendaient vers la Somme avaient rebroussé chemin, et i
paraissaient se diriger vers le nord. Ce renseignementétait du plus vif intérêt, sans qu’il fût encore possiblede l’interpréter.
Des Anglais, aucune nouvelle récente.
De la 5° armée, toute une série de nouvelles étaient par-venues au grand quartier général : entre l’Oise et Saint-Quentin, nos troupes, qui avaient atteint la ligne Urvillers,Mesnil-Saint-Laurent, Marcy, vers 15 h. 30, avaient vuleur gauche refoulée vers l’Oise par des colonnes venantde l’ouest ; les divisions de réserve Valabrègue, à l’extrêmegauche, avaient même risqué un moment d’être coupéesdu massif Saint-Gobain. Dans la soirée, pendant que le3° corps s’était engagé sur Guise, la droite de la 5° arméeavait remporté un succès en refoulant au nord de l’Oisela Garde et le X° corps allemands en leur infligeant despertes sévères.
En résumé, si l’attaque de la 5 e armée n’avait pasréalisé intégralement le rétablissement de la situation tel
(1) C’est-à-dire peu après que le lieutenant-colonel Brécard eutquitté Montdidier.