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1 (1932)
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344 MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE

prévenir le général Ruffey de mon intention de lui enleverle 6 e corps que je me proposais de transporter à partirdu 29 août vers notre gauche. Or, le 29 au matin, je reçusdu commandant de la 3° armée une lettre me faisantconnaître quil sattendait à être attaqué incessamment ;dans ces conditions, il insistait pour que le 6 e corps nelui fût pas enlevé. Devant ses craintes, javais cédé, àmon corps défendant, et décidé que seule la 42° divisionserait transportée sur Guignicourt, elle ferait partiedu détachement Foch. Dans la soirée du 29, létat-majorde la 3 e armée téléphonait que, jusquà 15 heures, aucuneattaque ne sétait produite, mais le commandant de lar-mée persistait à en prévoir une sur sa gauche. Mon atten-tion était attirée depuis un certain temps sur létat despritqui régnait dans létat-major de cette armée. Je connais-sais Ruffey : je le considérais comme un officier trèsintelligent, mais de caractère inconsistant et imaginatifà lexcès.

Ce qui aggravait cette situation, cest que le chef détat-.major de cette armée, le général Grossetti, ce magnifiquesoldat qui sest couvert de gloire quelques semaines plustard en Champagne et dans les Flandres, ne paraissaitpas à sa place dans les fonctions quil remplissait auprèsdu général Ruffey : voulant tout faire par lui-même, uti-lisant mal son personnel, des retards fâcheux, des oublisplus fâcheux encore dans la transmission des ordres luiétaient imputables. De tout cela, il résultait dans létat-major de la 3 e armée un malaise dont le commandant Bel,avec sa belle conscience et sa droiture, sétait fait léchoauprès de moi.

Au moment nous en étions, mon attention étaitattirée sur les graves événements de notre gauche, il étaitnécessaire que je naie aucune préoccupation pour nosarmées de droite et du centre. Les l re et 2° armées sem-blaient en bonne voie et paraissaient même gagner duterrain. Je me promis de massurer personnellement dela situation quon me signalait à la 3 e armée. Et si ellese trouvait telle quon me lavait dépeinte, jétais résolu