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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
cevoir l’ordre de se reporter derrière la Serre, en raisonde la situation dangereuse dans laquelle l’avait laisséela retraite anglaise. Enfin, à la suite de mon entrevue del’après-midi du 29 avec le maréchal French, je ne conservaisplus d’espoir de maintenir nos alliés sur la ligne de batailleprévue ; ils se préparaient à se retirer à hauteur de Com-piègne et de Soissons , créant ainsi entre notre 6 e arméeen formation et notre 5 e armée un hiatus des plus dange-reux. D’ailleurs, si j’avais pu encore conserver à ce sujetquelques illusions, le maréchal French se chargea lui-même de les détruire, en me faisant savoir au début del’après-midi du 30 que l’armée anglaise n’était pas enétat de prendre place en première ligne avant dix jours.
De toute évidence, la bataille offensive que j’avais conçuele 25 n’était plus possible dans la forme où je l’avaisenvisagée. Il ne semblait plus, pour le moment, que l’onpût opposer à l’aile droite allemande des forces suffisantespour arrêter un mouvement enveloppant qui devait logi-quement amener nos ennemis jusqu’à Paris.
Mais il semblait possible de réaliser un dispositif faisantface, dans son ensemble, au N. N.-O, et permettant derenouveler dans des conditions plus favorables la rup-ture des communications de l’aile droite allemande; end’autres termes, il s’agissait de rééditer la manœuvre ini-tiale que nous avions tentée face au N.-E. en débou-chant de la Meuse. Le général Berthelot se montrait trèspartisan de cette manœuvre, et après en avoir longuementdiscuté avec lui, je chargeai le colonel Pont, chef du3° Bureau, d’en étudier la préparation. Voici le texteintégral du mémoire qu’il établit en conséquence :
GRAND QUARTIER GÉNÉRAL
DES ARMÉES DE L’EST
État-major A Vilry, le 30 août 1914.
3 e bureau
MÉMOIRE
Les mouvements à effectuer ultérieurement par nosarmées doivent nous permettre :