358 MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
retranchées devant notre droite, sous les ordres du kronprinzRupprecht de Bavière et du général von Hœrigen (1).
En face du large mouvement ennemi contre notregauche, il paraissait évident que nous ne pouvions accepterimmédiatement la bataille. L’engagement d’une de nosarmées entraînerait fatalement celui de toutes nos forces.La 5° armée se trouverait fixée dans une situation que lamarche de la I re armée allemande, facilitée par l’incursiondu corps de cavalerie ennemi, rendait des plus périlleuses.Le moindre échec courrait le risque de se transformer enune défaite irrémédiable. De plus, nos troupes, qui avaientconstamment combattu et marché, étaient fatiguées etavaient besoin de combler les vides creusés dans leursrangs.
Comme je l’ai déjà dit, notre position dans la coalitionnous faisait un devoir de durer, en retenant devant nousle maximum de forces allemandes, d’user l’ennemi par desoffensives prises dans toutes les occasions favorables, etd’éviter tout engagement décisif tant que nous n’aurionspas dans notre jeu les plus grandes chances de succès.
C’est de cette manière que se présentait à moi la situa-tion générale, le 1 er septembre vers 9 h. 30, quand jequittai Vitry-Ie-François pour Bar-sur-Aube, où j’avaisdécidé de transporter mon quartier général.
J’arrivai à Bar vers 11 heures du matin, et pendantque le Grand Quartier s’installait à l’école des garçons,j’étudiai avec mes collaborateurs les diverses solutionsque la situation semblait comporter. Les avis étaientd’ailleurs très partagés. Berthelot proposait de trans-porter à notre gauche trois corps d’armée ; il fut facilede lui démontrer que cette solution exigerait un temps troplong, et que la situation était trop pressante pour per-mettre d’envisager une pareille manœuvre. Après mûreréflexion, je conclus que la solution la plus avantageuse
(1) Ordre de bataille allemand dressé à la date du 31 août au soirpar le 2 e bureau du G. Q. G.