360 MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
retranché de Paris , il paraissait que nous réaliserions unesituation stratégique favorable.
Telles furent les bases de l’instruction générale n° 4que je fis rédiger à Bar-sur-Aube , au début de l’après-mididu 1 er septembre, et que j’adressai aux armées de gauche,à l’armée anglaise et au gouverneur militaire de Paris.
Durant toute la matinée du 1 er septembre, la 5° arméecontinua de me préoccuper vivement. La menace de lacavalerie allemande sur son flanc gauche appelait de mapart une mesure de protection : je fus ainsi amené à cons-tituer à la gauche de Lanrezac un nouveau corps de cava-lerie sous les ordres du général Conneau, que je mandaid’urgence au grand quartier général. Au moment oùcelui-ci arrivait à Bar, j’appris avec satisfaction que la5 e armée avait pu franchir sans encombre l’Aisne et quela cavalerie allemande avait été arrêtée sans pouvoir com-promettre le repli des divisions de réserve au sud du massifde Saint-Gobain . Mais, on me rendait compte que cettemarche en retraite n’avait pu s’effectuer qu’à une vitessetrès réduite par suite de l’encombrement des routes et dela très grande fatigue des troupes soumises à une chaleuraccablante. Si la 5 e armée parvint à se retirer entrel’Aisne et la Vesle, la crainte de voir cette armée enve-loppée fut ranimée par les renseignements que nousreçûmes dans la soirée et qui me faisaient désirer de voir leplus tôt possible le corps Conneau en place : en effet, desreconnaissances d’avions français et anglais faites dansle courant de la journée s’accordaient à signaler des colonnesennemies marchant vers le sud-sud-est. Un renseignementde toute première importance nous fut envoyé à la fin dela soirée par la 5° armée : une carte avait été trouvée surun officier allemand blessé en auto et fait prisonnier dansla journée vers Coucy-le-Château ; cette carte portait desindications se rapportant aux mouvements de la I r0 arméeallemande, et donnait avec précision les objectifs quedevaient atteindre les divers corps de cette armée ; l’en-semble de ces mouvements faisait nettement ressortirque l’armée von Kluck tout entière avait franchi l’Oise