PRÉPARATION DE LA BATAILLE DE LA MARNE 361
et infléchissait sa direction générale de marche vers lesud-est.
Si les intentions de l’ennemi révélées par ce faisceaude renseignements paraissaient menacer l’armée Lan-rezac, par contre il semblait bien que von Kluck renonçaitmaintenant à marcher sur Paris . Rien ne pouvait être plusavantageux pour nous, puisque ce mouvement aurait poureffet, s’il continuait, de placer notre 6 e armée dans uneposition analogue à celle que j’avais envisagée, le 25 août,pour la bataille Amiens- Laon-Verdun. On devine avecquel intérêt nous nous apprêtions à suivre les mouvementsde von Kluck.
Presque au même moment où cet important renseigne-ment nous parvenait, je reçus de M. Millerand la lettresuivante :
« 1 er septembre 1914.
« Mon cher général,
« J’aurais voulu pouvoir causer avec vous, par le fildirect, de la note ci-jointe. Elle a été rédigée devant moi,à l’issue d’une conférence de plus de deux heures, par lemaréchal French qui était venu aujourd’hui à Paris ( 1).
« Sans vouloir en rien empiéter sur votre liberté quidoit rester entière comme votre responsabilité, je croisdevoir vous dire que le gouvernement est unanime àsouhaiter que vous croyiez pouvoir accepter la propositiondu maréchal French. Elle paraît en premier lieu plusfavorable à la défense de Paris. D’autre part, votre accep-tation aurait pour résultat de rapprocher les deux quar-tiers généraux et d’ouvrir les voies à une coopérationplus intime entre les chefs.
« Je me reprocherais d’insister. Vous connaissez notresentiment. Que le chef que vous êtes pèse et décide.
(1) Le maréchal French avait eu dans la journée, à l’ambassaded’Angleterre à Paris, une entrevue avec lord Kitchener, arrivé lematin de Londres. MM. Viviani et Millerand assistaient à cetteconférence.