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1 (1932)
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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE

à leur tâche, par des officiers qui avaient manifesté desqualités de caractère et de commandement.

Dans cet ordre didées, il me restait une grave questionà résoudre : celle du commandement de la 5 e armée.Depuis la bataille de Guise, , lon sen souvient, javaistrouvé le général Lanrezac très maître de lui, alors quela veille javais été impressionné par létat de dépressionphysique et morale dans lequel je lavais vu, depuis cettebataille, dis-je, le chef de la 5 e armée navait cessé de dis-cuter les ordres quil avait reçus et délever à tout cequon lui disait des objections. Sa fatigue physique avaitexaspéré le côté critique de son esprit qui a toujours étélune de ses caractéristiques. Il était devenu hésitant etpusillanime. Sous sa direction défaillante, son état-majorétait profondément divisé. Et ses rapports personnelle-ment mauvais avec French avaient compromis la colla-boration de larmée anglaise avec les armées françaises.

Je ne pouvais mempêcher de songer à sa brillantecarrière en temps de paix. Gomme tous ceux qui avaientété ses élèves, moi qui lavais eu sous mes ordres commecolonel alors que je commandais la 6 e division, javaisété séduit par sa haute et brillante intelligence ; sur lacarte, il avait été merveilleux de clarté, de lucidité, dejugement et desprit dà-propos. C,est précisément parceque javais la plus haute estime pour son intelligenceque je métais fait lartisan de sa fortune militaire, etcest à moi quil devait de se trouver aujourdhui à latête de larmée la plus délicate à conduire.

Mais, si je comparais ce que javais attendu de lui avantla guerre à la manière dont il se comportait en présencedes réalités, jétais, malgré ma profonde sympathie pourlui, obligé de conclure que les responsabilités lécrasaient :brillant critique militaire dopérations dans lesquelles ilnaurait pas été acteur, il sétait effondré moralementdevant les dures circonstances de ce début de campagne.Or, on ne fait la guerre quavec des hommes qui ont foidans le succès, qui, par leur maîtrise deux-mêmes, saventsimposer à leurs subordonnés et dominer les événements.