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à leur tâche, par des officiers qui avaient manifesté desqualités de caractère et de commandement.
Dans cet ordre d’idées, il me restait une grave questionà résoudre : celle du commandement de la 5 e armée.Depuis la bataille de Guise, où, l’on s’en souvient, j’avaistrouvé le général Lanrezac très maître de lui, alors quela veille j’avais été impressionné par l’état de dépressionphysique et morale dans lequel je l’avais vu, depuis cettebataille, dis-je, le chef de la 5 e armée n’avait cessé de dis-cuter les ordres qu’il avait reçus et d’élever à tout cequ’on lui disait des objections. Sa fatigue physique avaitexaspéré le côté critique de son esprit qui a toujours étél’une de ses caractéristiques. Il était devenu hésitant etpusillanime. Sous sa direction défaillante, son état-majorétait profondément divisé. Et ses rapports personnelle-ment mauvais avec French avaient compromis la colla-boration de l’armée anglaise avec les armées françaises.
Je ne pouvais m’empêcher de songer à sa brillantecarrière en temps de paix. Gomme tous ceux qui avaientété ses élèves, moi qui l’avais eu sous mes ordres commecolonel alors que je commandais la 6 e division, j’avaisété séduit par sa haute et brillante intelligence ; sur lacarte, il avait été merveilleux de clarté, de lucidité, dejugement et d’esprit d’à-propos. C,’est précisément parceque j’avais la plus haute estime pour son intelligenceque je m’étais fait l’artisan de sa fortune militaire, etc’est à moi qu’il devait de se trouver aujourd’hui à latête de l’armée la plus délicate à conduire.
Mais, si je comparais ce que j’avais attendu de lui avantla guerre à la manière dont il se comportait en présencedes réalités, j’étais, malgré ma profonde sympathie pourlui, obligé de conclure que les responsabilités l’écrasaient :brillant critique militaire d’opérations dans lesquelles iln’aurait pas été acteur, il s’était effondré moralementdevant les dures circonstances de ce début de campagne.Or, on ne fait la guerre qu’avec des hommes qui ont foidans le succès, qui, par leur maîtrise d’eux-mêmes, savents’imposer à leurs subordonnés et dominer les événements.