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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
Cette dernière lettre, écrite dans les dernières heuresdu 3 septembre, demande quelques explications.
On se rappelle que le matin du 3, nous n’étions pas fixéssur le sens général de la marche de la I re armée allemande,car, la veille, il avait paru que certains corps de von Kluck se dirigeaient à nouveau vers Paris.
Or, dans la soirée du 3, divers renseignements tous con-cordants révélaient que la I re armée allemande tout entières’orientait vers le sud-est. Vers 19 heures, du Raincy, Maunoury téléphonait que les forces allemandes qui luiétaient opposées paraissaient avoir marché dans la journéedu 3 vers le sud-est, en direction de la Marne, les reconnais-sances faites à la fin de la journée n’avaient signalé aucunetroupe à l’ouest de la grande route Louvres, Senlis, Verberie. A 21 heures, le gouvernement militaire de Paris nous avisaitque des reconnaissances d’avions avaient reconnu la marched’une colonne de 15 à 16 kilomètres de longueur passantpar Ëtrépilly et orientée vers le sud-est. Vers la mêmeheure, le colonel Huguet téléphonait ce qui suit : « Desrenseignements très sûrs et tous concordants d’aviateursanglais, il semble que toute la I re armée allemande sauf leIV e corps de réserve (c’est-à-dire : II e , III e , IV e corpsd’armée et XVIII e division) se porte vers le sud-est pourtraverser la Marne entre Château-Thierry et la Ferté-sous-Jouarre, pour attaquer la gauche de la 5 e armée. Sestêtes de colonne arriveront sans doute ce soir sur la ri-vière. » Peu de temps après, nous parvenait un télégrammede Huguet confirmant que l’aviation anglaise avait reconnuque la marche de la I re armée allemande vers le sud s’orien-tait maintenant vers le sud-est. « A 17 heures, ajoutait-il,il semble ne plus rester aucune force devant le front del’armée anglaise, et que toute la I re armée allemande vatraverser la Marne entre la Ferté-sous-Jouarre et Château-Thierry pour attaquer la gauche de la 5 e armée. » Enfin, vers22 heures, un nouveau message téléphoné par le chef denotre mission auprès de l’armée britannique disait qu’ilétait possible que le maréchal French, dont les troupesrecevaient leurs premiers renforts, se mette en marche