PRÉPARATION DE LA BATAILLE DE LA MARNE 381
celles auxquelles je m’attendais : à son avis, il était pré-férable « de laisser les Allemands s’enfoncer encore dansla nasse » ; la 6 e armée, ajoutait-il, n’était pas encore com-plète par suite du retard qui s’était produit dans letransport d’une division du 4° corps d’armée ; l’offensiveprincipale, Berthelot la voyait partir de la région d’Arcis-sur-Aube avec la droite de la 5° armée et la 9 e armée toutentière, s’étendant ensuite en direction du nord-ouest entrela Seine et la Marne, tandis que l’armée britannique aidéeà sa gauche par Maunoury prendrait l’offensive au sud dela Marne, son aile gauche appuyée à cette rivière.
Cette conception si différente de celle qui s’était pré-sentée tout d’abord à mon esprit était surtout basée sur lasituation difficile de la 5 e armée qui lui interdisait, pensaitBerthelot, de faire brusquement demi-tour en rase cam-pagne pour reprendre l’offensive ; il lui paraissait préférablede replier cette armée sur un front solide, en l’espèce la têtede pont de Nangis que le commandant Maurin était en trainde reconnaître.
Les inconvénients de la solution envisagée par le généralBerthelot ne manquèrent pas de m’apparaître : attendrequelques jours encore, c’était risquer de ne pas profiterde l’occasion qui s’offrait à nous et de voir les Allemandsflairer le danger et manœuvrer pour l’éviter. Qui pouvait,en effet, assurer que nos ennemis continueraient à négligerParis ? L’idée d’une action immédiate concentrique sur l’ailedroite allemande se renforça dans mon esprit au cours decette discussion.
Elle durait encore, quand vers 10 heures, je fus aviséque le chef d’état-major de Galliéni, le général Clergerie,venait de téléphoner à Pellé pour lui signaler le glissementde toute la ï re armée allemande vers le sud-est : estimantque ce mouvement était dangereux pour la 5 e armée,Galliéni proposait de pousser vers l’est l’armée Maunouryrenforcée de tous les éléments disponibles du camp re-tranché ; « dans ces conditions, ajoutait-il, il serait néces-saire que l’armée anglaise glisse sur Montereau ».
Cette proposition me prouvait que Galliéni avait reçu