382
MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
ma lettre personnelle et la note 3636 que je lui avais en-voyées la nuit précédente, et qu’il comprenait parfaitementle rôle qui pouvait incomber à la partie active des troupesde la défense de Paris ; il avait définitivement abandonnésa conception de consacrer la totalité de ses forces à la dé-fense passive du camp retranché.
Berthelot fit encore de nouvelles objections à cette con-ception de la bataille, trouvant que nous allions révélertrop tôt nos intentions à l’ennemi ; il continuait d’insisteren faveur d’une opération dont l’élément principal seraitune offensive débouchant de la région d’Arcis-sur-Aubevers le nord-ouest. Sans m’arrêter davantage à ces sugges-tions, je fis répondre à Galliéni que j’approuvais la miseen marche vers l’est de l’armée Maunoury. En recevantcette indication, Galliéni me fit savoir qu’il était en trainde s’entendre avec Maunoury, qui mettrait son armée enmarche dans la soirée du 4, prête à opérer suivant les cir-constances soit au nord soit au sud de la Marne : le gou-verneur de Paris demandait laquelle de ces deux solutionsme convenait le mieux.
Dès ce moment, je fus tenté de répondre que la 6 e arméedévelopperait son action au nord de la Marne. Mais Berthelotinsista tellement que je me rendis en partie à ses arguments :de toutes façons, la 6 e armée ne pouvait, dans la journéedu 4, franchir la Marne, et il serait toujours temps, si lasituation permettait une contre-offensive plus rapide del’orienter par le nord de la rivière ; de plus, nous avions avan-tage à ne pas pousser trop tôt la 6 e armée vers l’est afin de nepas déceler notre manœuvre aux Allemands, avant que nousne puissions y faire participer nos armées sur tout le front.
Je fis donc répondre, vers 13 heures, au général Cler-gerie, que des deux opérations qu’il m’avait transmisesrelativement à l’emploi des troupes du général Maunoury,je considérais comme la plus avantageuse celle qui con-sistait à porter la 6 e armée sur la rive gauche de la Marne ausud de Lagny (1).
(1) Ce télégramme ne fut reçu au Gouvernement Militaire de Paris