Mon but, en répondant ainsi, était de ne pas modifierprématurément la manœuvre en cours ; ma décision n’était,en effet, pas encore mûre. Je ne pouvais manquer d’attacherà certaines objections de Berthelot quelque importance,tout spécialement en ce qui concernait la possibilité de de-mander à la 5° armée de faire demi-tour en rase campagnepour partir à l’attaque. Je décidai donc de consulter Fran-chet d’Esperey par télégramme : « Circonstances sonttelles, lui disais-je, qu’il pourrait être avantageux livrerbataille demain ou après-demain avec toutes les forcesde la 5 e armée, de concert avec l’armée anglaise et lesforces mobiles de Paris contre I re et II e armées alle-mandes. Prière faire connaître si vous estimez votre arméeen état de le faire avec chance de réussite (1). »
En même temps, j’envoyai le lieutenant-colonel Paquetteau général Foch pour le mettre au courant de la situationgénérale qu’il ignorait, et lui demander quelles étaient sespossibilités.
Outre l’incertitude dans laquelle j’étais de pouvoir de-mander à la 5 e armée un retour offensif, une autre circons-tance m’inclinait à réserver encore ma décision : c’étaitl’attitude de l’armée anglaise. Galliéni avait semblé, enproposant de la faire appuyer sur Montereau , admettrequ’elle ne participerait pas à l’action ; je ne pouvais accepterune telle hypothèse. Pourtant, vers le milieu de la journée,je fus avisé par Huguet que, sous l’influence des conseils deprudence que lui donnait son chef d’état-major le généralMurray, French, très désireux, la veille, de marcher versl’est, avait modifié ses décisions ; ses troupes devaient avoirrepos le 4, et se tenir prêtes à reprendre la retraite pour alleren trois étapes derrière la Seine .
L’après-midi se passa dans l’attente des réponses quej’avais sollicitées de Foch et de Franchet d’Esperey . Ilfaisait une chaleur écrasante. Et nous songions tous aux
qu’à 14 h. 50, c’est-à-dire après le départ du général Galliéni pourMelun . Celui-ci n’en eut connaissance que le soir, à son retour àParis , vers 19 h. 30.
(1) Télégramme n° 3704 du 4 septembre, 12 h. 45, à la 5 e armée.