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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
souffrances endurées par les troupes, et nous nous deman-dions si elles seraient en état d’accomplir les manoeuvresque nous envisagions.
Vers 14 heures, nous reçûmes un renseignement qui nousfaisait prévoir que le corps de cavalerie couvrant l’ailegauche de la 5 e armée allait être obligé, sous la pressionde trois colonnes allemandes de toutes armes qui avaienttraversé la Marne à Château-Thierry et en aval, de repasserau sud du Petit-Morin. Ce renseignement nous conduisaità penser que, même si la bataille pouvait être envisagéeà brève échéance, ce ne serait pas sur la rive nord de laMarne qu’il y aurait lieu de chercher l’aile droite ennemie,mais sur la rive sud.
D’autre part, comme la décision à prendre au sujet dela forme à donner à la bataille dépendait essentiellementde la réponse que nous recevrions de Franchet d’Esperey, il nous sembla que la menace d’enveloppement dirigéecontre sa gauche allait diminuer les possibilités de cettearmée. Il n’en fallait pas tant pour que Berthelot ne re-vienne à la charge pour me représenter l’intérêt de la ma-noeuvre qui avait ses préférences : l’attaque centrale endirection du nord-ouest. Il me proposa, en tout cas, pourpréparer la bataille prochaine, de modifier l’ordre de ba-taille ainsi que les limites des zones d’action de la 4 e armée.Il était 15 h. 30 environ lorsque je signai l’Instructiongénérale n° 5 qui fixait ces diverses modifications, en mêmetemps qu’elle prescrivait à la 3 e armée de se maintenirsur le flanc de l’ennemi, pour être en mesure à tout instantde repasser à l’offensive face au nord-ouest. Quelle que fûtla décision prise, soit que je décidasse la bataille immé-diate, soit que je prisse, au reçu de la réponse delà 5 e armée,la résolution de retarder de cinq ou six jours le momentde l’action décisive, cette modification aux zones d’action,et cette orientation donnée à la 3 e armée étaient utiles.
Ce fut également dans le courant de cet après-midique je pris la décision de reporter dès le lendemain monquartier général encore une fois plus en arrière : Bardevenait, en effet, trop voisin du front pour la facilité