386
MÉMOIRES DU MARÉCHAL J OFFRE
leur avis. Berthelot resta sur ses positions ; Belin hésitait.Après avoir pesé toutes choses, je décidai qu’il y avaitlieu de maintenir intégralement la manœuvre que f avaisenvisagée dès la veille, et qui nous permettrait d’exploiterla position débordante de la 5 e armée ; il convenait deprofiter également des bonnes dispositions des Anglais. Toutefois, pour tenir compte des objections que Berthelotfaisait, depuis le matin, à. cette manœuvre, je fixai au 7 sep-tembre le début de notre offensive. Cette solution avaitl’avantage de laisser les Allemands s’enfoncer plus avantdans l’intérieur de notre dispositif enveloppant, et depermettre aux transports de troupes venant de l’est des’achever (1). Cette journée supplémentaire d’attentedonnerait aux armées plus de facilité pour passer du dis-positif de retraite au dispositif d’attaque. D’ailleurs, lesordres de retraite seraient, sans doute, déjà partis desquartiers généraux d’armée pour la journée du 5, lorsquemon ordre leur parviendrait ; à vouloir attaquer tropbrusquement, peut-être risquions-nous de créer du désordre.Enfin, il fallait encore prévoir un certain délai pour réaliseren temps utile la concordance complète avec le maréchalFrench. Telles furent les raisons qui me décidèrent àn’engager la bataille que le 7. Gamelin était à ce momentauprès de moi. Durant la journée, nous avions étudié,plusieurs fois ensemble, la réalisation de la manœuvre àlaquelle je venais de m’arrêter ; je le chargeai de rédigerun projet d’ordres sur les bases que je viens de dire, qu’ilsoumettrait au colonel Pont.
Il était alors 18 h. 30. J’avais retenu à dîner ce soir-là lemajor Clive et deux officiers japonais. Ne voulant pas lesfaire attendre, nous allâmes dîner à mon domicile parti-culier laissant le commandant de Galbert assurer la per-manence dans mon bureau personnel. Le dîner touchait
(1) 15° et 21 e corps d’armée, 2 e division du 9 e corps d’armée,corps de cavalerie Conneau, 4 e corps. Malheureusement, ces trans-ports étaient embouteillés par suite des évacuations que le Gou-vernement Militaire de Paris, sans en demander l’autorisation,exécutait en partie par la ligne de Lyon .