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MÉMOIRES DU MARÉCHAL J OFFRE
qui fut immédiatement portée au Service du Chiffre.
Je dois dire que c’est à contre-cœur, que j’apportai àces instructions cette modification dans la date du débutde l’offensive; j’étais et je suis resté convaincu que si labataille avait pu n’être engagée que le 7, les résultats eneussent été sensiblement supérieurs, car nous aurionssaisi l’ennemi dans une situation plus désavantageusepour lui que celle dans laquelle nous l’avons trouvé. C’estla hâte apportée à la manœuvre de la 6 e armée qui m’aforcé à faire cette modification regrettable à mon projetinitial.
Il n’est pas nécessaire de donner ici le texte de cetOrdre général n° 6 : il a été fréquemment publié. Il indi-quait le dispositif à réaliser le 5 au soir, ainsi que les direc-tions d’attaque des armées alliées de gauche (1).
A 21 h. 30, je donnai l’ordre d’appeler au téléphonel’état-major du gouverneur militaire de Paris pour faireconnaître à ce dernier les fronts d’attaque des diversesarmées pour la bataille du 6.
Les choses étaient ainsi réglées, lorsque, vers 22 heures,le lieutenant-colonel Brécard, rentrant d’une mission auprèsdu corps de cavalerie Sordet, vint me rendre compte qu’ilétait passé dans l’après-midi au quartier général de Gal-liéni et à Melun au quartier général du maréchal French.En ce dernier point, Brécard avait vu Galliéni sortantd’une conférence avec French et Maunoury ; mon agentde liaison m’apportait les conclusions de cette conférencequi venaient compléter les impressions que Galliéni nousavait données au téléphone à 20 h. 30, à Belin et à moi.La résolution du commandant en chef anglais ne parais-sait pas aussi formelle que j’avais cru pouvoir l’espérerà la suite du télégramme de Huguet et des notes queFranchet d’Esperey m’avait envoyées après son entrevuede Bray avec Wilson. Cette contradiction semblait pro-
(1) L’Ordre général n° 6 a été envoyé aux diverses armées sousforme de télégramme chiffré ; une confirmation écrite a été portéepar des officiers en auto.