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confiance, l’état exact de mes résolutions et la nécessitéd’une intervention gouvernementale qui viendrait s’ajouterà la mienne auprès du maréchal French. Dans une lettrepersonnelle, je lui exposai donc que la situation straté-gique était devenue excellente et que j’avais décidé depasser à l’attaque ; je ne lui cachai pas que si la lutte quiallait s’engager pouvait avoir des résultats incalculablesen cas de succès, par contre, en cas d’échec, les conséquencesen seraient vraisemblablement très graves. J’éteis décidéà engager toutes nos troupes à fond et sans réserve. Maispour conquérir la victoire, il était essentiel que l’arméeanglaise fasse de même : « Je compte, ajoutais-je, que vousvoudrez bien attirer par la voie diplomatique l’attentiondu maréchal sur l’importance décisive d’une offensive sansarrière-pensée ; si je pouvais donner des ordres à l’arméeanglaise comme j’en donnerais à une armée françaisedisposée sur les mêmes emplacements, je passerais immé-diatement à l’attaque. »
Puis, je fis rédiger deux ordres destinés respective-ment aux 3 e et 4 e armées pour compléter l’ordre généraln° 6 adressé la veille au soir aux armées de gauche. Jevenais de signer les ordres, quand Galbert arriva. Il était9 h. 30 environ. Il revenait sans avoir pu voir ni le maré-chal French, ni aucun officier de son entourage. Il avaitlaissé l’ordre au colonel Huguet qui lui avait appris quenos alliés avaient encore profité de la nuit pour se dérober,et que l’état d’esprit du grand quartier général semblaitêtre devenu peu favorable à la reprise de l’offensive. Esti-mant dans ces conditions qu’il n’aurait pas assez de poidspour faire changer le maréchal de décision, il avait trèsjustement pensé qu’il devait, à toute allure, rentrer augrand quartier général pour m’en rendre compte, et mefaire connaître que, de l’avis de tous, moi seul pourraisarriver à vaincre peut-être les résolutions du commandanten chef anglais.
Ma décision fut immédiate : je fis téléphoner à Melun que je me rendais au grand quartier général pour y voirle maréchal French, et je partis emmenant avec moi le