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1 (1932)
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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE

confiance, létat exact de mes résolutions et la nécessitédune intervention gouvernementale qui viendrait sajouterà la mienne auprès du maréchal French. Dans une lettrepersonnelle, je lui exposai donc que la situation straté-gique était devenue excellente et que javais décidé depasser à lattaque ; je ne lui cachai pas que si la lutte quiallait sengager pouvait avoir des résultats incalculablesen cas de succès, par contre, en cas déchec, les conséquencesen seraient vraisemblablement très graves. Jéteis décidéà engager toutes nos troupes à fond et sans réserve. Maispour conquérir la victoire, il était essentiel que larméeanglaise fasse de même : « Je compte, ajoutais-je, que vousvoudrez bien attirer par la voie diplomatique lattentiondu maréchal sur limportance décisive dune offensive sansarrière-pensée ; si je pouvais donner des ordres à larméeanglaise comme jen donnerais à une armée françaisedisposée sur les mêmes emplacements, je passerais immé-diatement à lattaque. »

Puis, je fis rédiger deux ordres destinés respective-ment aux 3 e et 4 e armées pour compléter lordre généraln° 6 adressé la veille au soir aux armées de gauche. Jevenais de signer les ordres, quand Galbert arriva. Il était9 h. 30 environ. Il revenait sans avoir pu voir ni le maré-chal French, ni aucun officier de son entourage. Il avaitlaissé lordre au colonel Huguet qui lui avait appris quenos alliés avaient encore profité de la nuit pour se dérober,et que létat desprit du grand quartier général semblaitêtre devenu peu favorable à la reprise de loffensive. Esti-mant dans ces conditions quil naurait pas assez de poidspour faire changer le maréchal de décision, il avait trèsjustement pensé quil devait, à toute allure, rentrer augrand quartier général pour men rendre compte, et mefaire connaître que, de lavis de tous, moi seul pourraisarriver à vaincre peut-être les résolutions du commandanten chef anglais.

Ma décision fut immédiate : je fis téléphoner à Melun que je me rendais au grand quartier général pour y voirle maréchal French, et je partis emmenant avec moi le