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1 (1932)
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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE

A la fin, emporté par ma conviction et par la gravitéde lheure, je me souviens davoir frappé dun coup depoing la table qui était près de moi et davoir dit en ter-minant : « Lhonneur de lAngleterre est en jeu, monsieur lemaréchal. »

Jusque-, French avait écouté impassible le traducteurqui lui rapportait mes paroles. Mais à ce moment, ilrougit fortement. Il y eut un court silence impressionnant,puis il murmura avec émotion : « I will do ail my pos-sible. » Ne comprenant pas langlais , je demandai à Wilsonce que le maréchal venait de dire. Il me répondit simple-ment : « Le maréchal a dit : oui. » Javais senti lémotiondu commandant en chef anglais ; javais surtout entendule ton avec lequel il avait parlé. A moi, comme à tous lestémoins de cette scène, il apparaissait que ces simplesparoles équivalaient à une promesse sous serment.

Puis, on servit le thé qui était déjà préparé ; Frenchme reconduisit ensuite à ma voiture. Je laissai auprèsde Huguet le lieutenant-colonel Serret dans lénergie etle savoir duquel javais toute confiance, et je gagnai Châ-tillon-sur-Seine, pendant la journée, le grand quartiergénéral sétait transporté. Les bureaux de létat-majoravaient été installés dans un ancien couvent de Cordeliers.Mon bureau avait été placé dans une ancienne cellulede moine. Cest de que je suivis la bataille de la Marne ,et cest que le lendemain, à 7 h. 30, je signai lordredu jour aux troupes (1) :

« Au moment sengage une bataille dont dépendle sort du pays, il importe de rappeler à tous que le momentnest plus de regarder en arrière ; tous les efforts doiventêtre employés à attaquer et à refouler lennemi. Unetroupe qui ne peut plus avancer devra, coûte que coûte,garder le terrain conquis et se faire tuer sur place plutôt

(1) Cet ordre fut transmis à tous les quartiers généraux darméeentre 8 et 9 heures. La confirmation écrite fut envoyée aux arméesle 6 septembre à 18 heures.