404
MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
lerie allemande importantes, mais trop faibles néanmoinspour arrêter nos alliés.
Il s’agissait donc, d’une part, d’accrocher avec la gauchede Franchet d’Esperey la partie de la I re armée allemandequi lui faisait face, de pousser dans le vide que je viensd’indiquer l’armée anglaise en lui faisant franchir succes-sivement le Grand-Morin, le Petit-Morin et la Marne, touten accentuant, d’autre part, le mouvement enveloppantde Maunoury, orienté non plus sur Château-Thierry, maisplus au nord sur la rive droite de l’Ourcq. C’est dans cetesprit que j’adressai aux trois armées de gauche, dans l’après-midi du 7, une directive qui leur faisait connaître mes inten-tions (1).
Pendant ce temps, la bataille se présentait sous de moinsfavorables auspices à notre centre et à notre droite.
La gauche de l’armée Foch solidement étayée par ladroite de Franchet d’Esperey contenait dans la région Soizy-au-Bois, Mondement, tous les assauts de l’ennemi ; mais,par contre, sa droite cédait du terrain depuis le début dela bataille : elle perdait Fère-Champenoise, et se trouvait,le 8 au soir, sur la ligne Semoine, Gourgançon, Corroy,ce qui représentait un recul de douze kilomètres. Ce faitétait grave surtout parce qu’il augmentait l’intervalle déjàgrand qui séparait la droite de Foch de la gauche de l’arméede Langle. J’avais appelé, dès le 6, l’attention du com-mandant de la 4 e armée sur la nécessité de conserver defortes réserves derrière sa gauche, pour être en mesure decontre-attaquer les forces ennemies qui chercheraient àdéborder l’aile droite de Foch. C’est dans ce but que j’avais
(1) Accessoirement, dans le but de mieux coordonner les actionsde la 6° armée qui s’éloignait de plus en plus de Paris, je fis envoyerle 7 au matin un télégramme au Gouverneur de Paris pour lui faireconnaître que j’adresserais dorénavant mes ordres directement augénéral Maunoury. Un double de mes instructions à la 6 e arméedevait être envoyé au Gouverneur de Paris. Cette solution s’impo-sait. J’avais déjà été amené à plusieurs reprises, pour gagner dutemps, à envoyer des ordres directement au commandant de la6 e armée, notamment l’Ordre général n° 6 du 4 septembre prescri-vant la reprise générale de l’offensive.