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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
renouvelé à une échelle gigantesque. Le plan de nos adver-saires reposait sur une victoire rapide dans l’ouest. Lanécessité de gagner la guerre avant que les ressources de laRussie ne fussent mises en œuvre, s’imposait maintenantd’autant plus que l’Empire britannique s’était jeté dansla guerre à nos côtés. Comme je l’ai dit à plusieurs reprisesdans les pages qui précèdent, c’eût été de notre partfaire le jeu de l’ennemi que de risquer les destinées du paysdans un moment où il s’agissait pour nous avant tout dedurer. C’est cette considération qui m’avait permis d’at-tendre un retour toujours possible de la fortune, au prixdu sacrifice d’une partie de notre sol que j’espérais momen-tané. A défaut d’une défaite totale infligée aux Allemands,l’occasion patiemment attendue venait de nous permettre-de les refouler sur toute la ligne et notre victoire les con-traignait à s’enterrer dans des tranchées ! Quelle déceptionpour des gens pressés !
Mais ce résultat qui, à bien dire, est la cause premièrede la défaite finale des Allemands, on n’en mesura passur le moment tout le prix.
Chez les Alliés et particulièrement en France l’opinionpublique, après avoir éprouvé un immense soulagementen voyant s’éloigner la menace qui dans les premiers joursde septembre faisait redouter toutes les catastrophes, nevit quelques jours après la victoire de la Marne qu’unechose : c’est que la masse des armées allemandes s’incrus-tait sur notre sol. Le ministre de la Guerre, au lieu demontrer au public l’heureux renversement de la situation,apporta des atténuations dans la publication des commu-niqués que je lui avais adressés à la suite de la bataille.M. Millerand, à qui je fis connaître l’impression un peuattristée que j’avais éprouvée en constatant ces atténua-tions, m’écrivit le 15 septembre :
« ...Je suis le seul coupable, et je ne voudrais pas qu’ilpût demeurer dans votre esprit l’ombre d’un doute sur lesconsidérations qui m’ont poussé à mettre ainsi une sour-dine à l’expression de notre joie.
« Il me paraît bon de ménager les nerfs de ce pays et