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1 (1932)
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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE

renouvelé à une échelle gigantesque. Le plan de nos adver-saires reposait sur une victoire rapide dans louest. Lanécessité de gagner la guerre avant que les ressources de laRussie ne fussent mises en œuvre, simposait maintenantdautant plus que lEmpire britannique sétait jeté dansla guerre à nos côtés. Comme je lai dit à plusieurs reprisesdans les pages qui précèdent, ceût été de notre partfaire le jeu de lennemi que de risquer les destinées du paysdans un moment il sagissait pour nous avant tout dedurer. Cest cette considération qui mavait permis dat-tendre un retour toujours possible de la fortune, au prixdu sacrifice dune partie de notre sol que jespérais momen-tané. A défaut dune défaite totale infligée aux Allemands,loccasion patiemment attendue venait de nous permettre-de les refouler sur toute la ligne et notre victoire les con-traignait à senterrer dans des tranchées ! Quelle déceptionpour des gens pressés !

Mais ce résultat qui, à bien dire, est la cause premièrede la défaite finale des Allemands, on nen mesura passur le moment tout le prix.

Chez les Alliés et particulièrement en France lopinionpublique, après avoir éprouvé un immense soulagementen voyant séloigner la menace qui dans les premiers joursde septembre faisait redouter toutes les catastrophes, nevit quelques jours après la victoire de la Marne quunechose : cest que la masse des armées allemandes sincrus-tait sur notre sol. Le ministre de la Guerre, au lieu demontrer au public lheureux renversement de la situation,apporta des atténuations dans la publication des commu-niqués que je lui avais adressés à la suite de la bataille.M. Millerand, à qui je fis connaître limpression un peuattristée que javais éprouvée en constatant ces atténua-tions, mécrivit le 15 septembre :

« ...Je suis le seul coupable, et je ne voudrais pas quilpût demeurer dans votre esprit lombre dun doute sur lesconsidérations qui mont poussé à mettre ainsi une sour-dine à lexpression de notre joie.

« Il me paraît bon de ménager les nerfs de ce pays et