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1 (1932)
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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE

de bataille de la 9 e armée. Cétait un spectacle de désola-tion. Presque tous les villages étaient détruits par le bom-bardement ou lincendie que les Allemands avaient alluméau moment de leur départ. La route de Fère-Champenoiseà Châlons traversait un immense cimetière. Dans les boisqui longeaient la ligne de chemin de fer, près de la petitestation de Normée, on apercevait à perte de vue de grandestombes toutes blanches de chaux vive : des képis, des vestes,des armes étaient accrochés à des centaines de petitescroix au pied desquelles des mains pieuses avaient déposédes fleurs des champs. Entre Ëpernay et Reims, les routesétaient défoncées, les bornes kilométriques et les poteauxtélégraphiques arrachés ; des charrettes, des voitures detoutes sortes, même des fiacres venus on ne sait d, gisaientéventrés les roues en lair, des châssis dautos formaientdimmenses amas de ferraille ; seuls les vignobles, par jene sais quel hasard, paraissaient avoir peu souffert. Alest de Reims, je visitai quelques batteries. La ville étaitencore presque intacte, mais la cathédrale, que lennemiavait, en violation du droit des gens, sauvagement bom-bardée le 19 septembre, avait été incendiée, et avait déjàsubi dirréparables dégâts.

La guerre était à peine commencée depuis deux mois, etdéjà on pouvait mesurer de quelle accumulation de ruinesnotre victoire sur lAllemagne serait la rançon.

Je viens de dire que, le 15 septembre, la résistancedevant la 6 e armée saccentua. Vainement, le 18, le gé-néral Maunoury retira de son front le 4° corps pour leporter à gauche du 13 e qui opérait sur la rive droite delOise . Léchec de la manœuvre, faute dampleur, savérait,et nos forces de gauche tombaient, comme nos autresarmées, dans une stérile lutte de front sur le succès delaquelle notre pauvreté en munitions ne me laissait pointdillusion. Comme je lai dit, cette situation mamenaà constituer une nouvelle armée à louest de lOise . Lordreparticulier n° 31 du 18 septembre, la dénomma 2 e armée.Je fis appel pour la commander au général de Castelnau.