438 MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
prescrit, le 24, de se porter vers Arras et Bapaume pourcouvrir la gauche de la 2 e armée, elles se repliaient pen-dant la nuit du 26 au 27 sur la rive ouest de l’Ancre, oùelles se retranchaient d’Aveluy à Miraumont avec unedivision à Bucquoi.
La rapidité avec laquelle l’armée du général deCastelnau s’était trouvée accrochée sur tout son front mon-trait que l’ennemi s’efforçait, par un mouvement symé-trique du nôtre, de saisir et d’envelopper notre aile mar-chante.
Il fallait, sans désemparer, entamer une nouvelle phasede la manœuvre, au moyen de forces nouvelles ramenéesen hâte vers notre extrême gauche. Malheureusement,nous ne disposions pas encore à cette époque du puissantservice automobile qui atteignit son plein rendement seu-lement dans la dernière année de la guerre. Quelques troupespurent faire mouvement par voie de terre ; pour toutesles autres, on dut faire appel aux chemins de fer. Leurtâche était lourde, car de nombreuses voies étaient horsde service, et la forme convexe de notre front nous obli-geait à parcourir un arc dont les Allemands tenaientla corde.
Le tableau suivant donne une idée de l’importance destransports auxquels le service des chemins de fer eut àfaire face dans les derniers jours de septembre et lespremiers jours d’octobre :
Le 11 e corps prélevé sur la 9 e armée s’embarqua le 25 sep-tembre pour Amiens .
Le 10 e corps prélevé sur la 5 e armée s’embarqua le 28 sep-tembre pour Amiens .
La 77 e division prélevée sur la l re armée s’embarqua le 28 sep-tembre pour Arras et Lens.
les divisions de cavalerie restaient des journées entières sans en-voyer de renseignements, et sans même faire connaître en quelpoint elles étaient. Ces erreurs m’étaient confirmées par le lieu-tenant-colonel Brécart, mon agent de liaison auprès de l’arméeMaunoury, un cavalier cependant, qui se montrait très humilié descomptes-rendus que son honnêteté l’obligeait de me faire.