LA CAMPAGNE D’AUTOMNE
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sur inconvénient de ces rectifications de front en arrièrequi peuvent donner à ennemi impression d’un succèset sont de nature à démoraliser nos troupes. C’est la troi-sième rectification de ce genre qui s’opère à la 2 e armée.J’espère que c’est la dernière. Quand on veut rectifier,c’est par une attaque en avant qu’il faut le faire. »
Dans cette crise dont je ne me dissimulais pas les dan-gers, et sur laquelle je ne me suis étendu qu’en laissantparler les documents officiels, le général de Castelnaumontra une fois de plus que sa ténacité et sa volontén’étaient pas à hauteur de l’intelligence que je me plaisaisà lui reconnaître. Par malheur, tandis qu’au Grand-Cou-ronné son chef d’état-major Anthoine avait conservé dansles heures difficiles son sang-froid et sa lucidité, à Breteuilil perdit ces indispensables qualités. Les comptes-rendusqu’il m’envoyait en font foi.
Je résolus aussitôt de le changer. Je fis appel pour leremplacer au colonel Duchêne, chef d’état-major du20 corps, dans l’énergie et la volonté duquel j’avais unegrande confiance. Je dois dire que Castelnau qui, sur lemoment, n’avait accepté qu’à contre-cœur cette mutation,ne tarda pas à s’en féliciter. Le lendemain du jour oùelle se produisit, le commandant Fétizon se rendit àDury (1) où la 2 e armée venait de transporter son quartiergénéral, et Castelnau lui confessa : « C’est la premièrenuit depuis longtemps que je dors tranquille. »
D’autre part, Foch dès son arrivée avait, de près, appuyémon action. Il eut avec Castelnau plusieurs entrevues assezorageuses. A vrai dire, le caractère de ces deux hommesétait très différent. Au début de la guerre, Foch était lesubordonné de Castelnau. Et, dans les opérations du moisd’août, il y avait eu entre eux d’assez violents tiraille-ments ; la mission que je venais de confier à Foch en cespremiers jours d’octobre et qu’il remplit à mon entièresatisfaction, ne pouvait que les amplifier.