454
MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
en résultera de confusion à la fois sur le front et dans les lignesde communication, d’où une perte de plus en plus grande depuissance et difficulté dans la partie de la campagne qui suivra.
C’est pour ces différentes raisons que j’insiste sur le transportde mon armée de sa présente position à l’extrême gauche de laligne générale, et que j’insiste également pour que ce mouvements’exécute dès maintenant.
J. French.
Les arguments du maréchal développés dans la notequ’on vient de lire étaient, de son point de vue, irréfutables.De mon côté, j’en admettais le bien-fondé. Là où nos avisdifféraient, c’était surtout sur l’opportunité d’effectuer im-médiatement ce changement qui allait apporter une énormeperturbation dans l’exécution de ma manoeuvre d’ailegauche. Quand le maréchal French affirmait que nousétions « dans une situation sédentaire », cela était vraipour le front de l’armée britannique et des armées fran-çaises qui l’encadraient, mais il ne paraissait pas apprécierà sa valeur l’importance des actions engagés aux ailes.
J’adressai au commandant en chef anglais , le 30 sep-tembre, une note dans laquelle je lui exposais en détailmon point de vue, et la solution que je préconisais :
G. Q. G. Au G. Q. G., le 30 septembre 1914.
ÉTAT-MAJOR NOTE
3 e bureau du général Joffre, commandant en chef, au
— maréchal French, commandant l’armée
N° 8095 britannique.
Le maréchal French a bien voulu attirer l’attention du com-mandant en chef sur l’intérêt particulier qu’il attache à voirtoute l’armée anglaise reprendre la position qu’elle occupaitprimitivement à la gauche des armées françaises.
En raison des effectifs toujours croissants des forces anglaises,cette position présenterait le grand avantage de soulager leservice des chemins de fer français en diminuant la longueur dela ligne de communication anglaise et surtout de donner àl’armée du maréchal French une liberté d’action et un rende-