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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
mais elles ne sont pas suffisantes par elles-mêmes pour fairelever le siège d’Anvers , et nous ne pouvons les envoyer que sielles coopèrent avec des forces régulières françaises.
Si le général Joffre peut exécuter en France , d’ici deux outrois jours, une action favorable et décisive, il pourrait enrésulter la délivrance d’Anvers . Sinon, à moins qu’il n’envoieactuellement quelques troupes régulières, il faut envisager laperte d’Anvers .
Envoyer des forces importantes au secours d’Anvers ,comme c’eût été nécessaire pour obtenir des résultatsdécisifs, cela n’était pas en mon pouvoir, en raison dunombre des forces ennemies que nous avions sur les bras,et de la difficile manoeuvre que j’accomplissais dans cemoment. Quant à expédier vers nos alliés « quelquestroupes régulières » comme le War Office et le ministredes Affaires étrangères anglais me le faisaient suggérer,cela me paraissait non seulement inutile, mais dangereux,car c’eût été pour les Belges une tentation pour prolongerune situation que je m’efforçais de modifier.
Un point est d’ailleurs à noter :
Le colonel Dallas, que le maréchal Kitchener avait en-voyé à Anvers le 29 septembre, annonçait que l’arméeallemande de siège comprenait le III e corps de réserve,une division d’infanterie de marine, une division d’ersatz,une brigade de landsturm, deux régiments du génie, unrégiment d’artillerie de siège, soit environ 90 000 hommes,auxquels s’ajoutaient pour le gouvernemnt militaire deBelgique une brigade de landwehr et quelques élémentsde landsturm. En face, l’armée belge de campagne comp-tait 80 000 hommes auxquels s’ajoutaient 70 000 hommesqui constituaient la garnison des forts. Si on tient ceschiffres pour exacts, on est amené à constater une foisde plus qu’une armée qui s’est enfermée dans le périmètred’une place fortifiée ne joue plus un rôle adéquat à seseffectifs.
Quoi qu’il en soit, les Anglais avaient dirigé sur Anvers 8 000 « Marines ». Puis, pour juger sur place la situation,ils envoyèrent le premier lord de l’Amirauté. M. Winston