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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
général Wilson, sous-clief d’état-major de l’armée anglaise,assurer avec nos alliés britanniques une fructueuse liaison.
Vis-à-vis de l’armée belge que le roi Albert commandaiten personne, ma situation ne manquait pas au premierabord d’être assez délicate. Les difficultés s’aplanirentgrâce à la magnanime abnégation du roi. Il fut entenduque l’armée belge resterait sur son territoire sous le com-mandement de Sa Majesté qui acceptait de recevoir mesdirectives au même titre que l’armée anglaise.
Tout en respectant la liberté de l’armée belge, j’estimaiqu’il fallait y faire sentir une vigoureuse impulsion. Onme signalait le triste état dans lequel elle se trouvait. Laretraite d’Anvers l’avait soumise à une rude épreuve, aucours de laquelle elle avait eu l’impression d’être abandonnéepar ses alliés, ce qui n’était, certes pas, dans nos intentions.Il fallait au plus vite remonter ce courant et mettre l’arméebelge en état de coopérer à la manœuvre contre l’ailedroite allemande. Cette manœuvre, par l’afflux des forcesalliées en Flandre, allait prendre une nouvelle ampleur,mais aussi elle allait, par l’entrée en ligne de forces alle-mandes nouvelles (1), se hérisser de nouvelles difficultés.
Le 16 octobre, le général Pau vint me rendre compte desa mission. L’armée belge lui paraissait momentanémentincapable de tout effort. Il ne me cacha pas son impressionque si les hommes faisaient preuve de calme, de courage etd’endurance, les cadres présentaient des lacunes comme ilarrive toujours aux armées qui viennent de fournir unelongue période de paix. Or, la Belgique était en paix avecses voisins depuis sa naissance, et dans cet heureux etriche pays, presque personne ne croyait à la guerre avantle mois d’août 1914.
Tous les renseignements qui m’arrivaient m’avaient,avant le retour du général Pau , confirmé dans l’impressionqu’il fallait agir sans tarder pour aider nos malheureux
(1) On sait que l’ennemi lança dans la bataille des Flandres, enoutre des forces qu’il ramenait des autres parties du front, descorps de nouvelle formation et les troupes que la chute d’Anvers venait de rendre disponibles.