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eussent un état militaire et une puissance financière bienredoutables par eux-mêmes. Mais le soldat turc est brave.Armée et dirigée par l’Allemagne, la Turquie , ennemie tra-ditionnelle de la Russie , allait frapper nos alliés à revers,dans le Caucase. Suzeraine religieuse de l’Islam, elle pou-vait créer à l’Angleterre et à la France , grandes puis-sances musulmanes par leurs possessions d’outre-mer, degraves embarras. Maîtresse des Dardanelles , elle fermaitla voie la plus courte et la plus sûre qui nous reliait à laRussie et elle menaçait la route des Indes. De plus, laguerre, en s’allumant dans le proche Orient, risquaitd’apporter dans les Balkans de graves complications.
Enfin, le 8 novembre, nous apprîmes que les Japonaisavaient pris Kiao-Tchéou aux Allemands . J’adressai à lamission japonaise qui se trouvait auprès de moi mes féli-citations pour cette victoire qui enlevait à nos adversairesle dernier vestige de leurs possessions en Extrême-Orient .
Pour l’instant, ces différents théâtres d’opérations exté-rieures échappaient à mon action qui se limitait aux arméesdu nord-est de la France . Mais il m’était impossible dem’en désintéresser, en raison des répercussions qu’ils pou-vaient avoir sur le front que je n’ai jamais cessé de con-sidérer comme le principal, celui sur lequel se trouvaitopposée la masse des armées allemandes aux armées fran-çaises, britanniques et belges.
Dans cet ordre d’idées, je fus amené, le 8 janvier 1915,à faire rédiger par mon 3 e Bureau (l)une Note qui visaità tuer dans l’œuf un projet, séduisant peut-être à premièrevue, qui ne visait à rien moins qu’à constituer au moyende troupes prélevées sur nos dépôts, une armée qui seraitchargée d’aller combattre l’Autriche.
Dans cette note, j’exposai que cette idée était « inaccep-table dans son principe comme dans ses modalités ».
1° Les hommes qui sont dans les dépôts ne sont pas dis-ponibles. Ils sont en nombre strictement suffisant pourboucher les trous que produira dans nos unités la conti-
(1) Bureau chargé des opérations.