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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
qui ne soient'strictement nécessités par la conduite des opéra-tions.
Dans ces conditions, je vous demande instamment de vouloirbien remettre momentanément votre visite aux armées.
' Le lendemain, le général m’envoyait une lettre écritede sa main que le commandant Herbillon m’apporta dansla soirée :
Mon cher Joffre,
Ta lettre n° 9042 d’hier, m’a surpris et peiné !
Dis-toi bien que si j’acceptais comme tu me le proposesde ne pouvoir aller aux armées sans que tu m’accompagnes,et si je renonçais à mes visites lorsque tu pourrais ne pas m’ac-compagner, ni le gouvernement ni le Parlement ne consenti-raient à ce qu’ils considéreraient comme une abdication, et toutcasserait.
Voilà la situation. Il faut que tu le comprennes et que tul’admettes. Sinon c’est l’aventure.
Je ne crois pas avoir fait, lors de mes visites, quoi que ce soitqui puisse diminuer ton autorité à laquelle le gouvernementtient autant que toi-même.
De ton côté, tu as intérêt à ce que je sois le ministre.
Nous pouvons faire beaucoup à nous deux, à la condition quechacun puisse remplir sa mission. Cette condition domine,sache-le bien , l'ordre du jour de confiance de la Chambre et celuidu Sénat. Si elle n’était pas réalisée, il y aurait des naufragesavant deux mois. Il faut qu’elle le soit.
Le mieux est que tu me demandes de te renvoyer ta lettred’hier. Ainsi elle n’existera plus.
Sinon je serai obligé de te répondre officiellement, et ce nepourrait être que dans le sens que je viens de t’indiquer.
En ce qui concerne mon voyage de dimanche et de lundiavec le président de la République, nous ne pouvons l’ajournermême si tu ne peux nous accompagner.
Fidèlement.
Roques (1).
(1) Dossier personnel du général commandant en chef, tome II,cahier 3, pièce 95.