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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE

qui ne soient'strictement nécessités par la conduite des opéra-tions.

Dans ces conditions, je vous demande instamment de vouloirbien remettre momentanément votre visite aux armées.

' Le lendemain, le général menvoyait une lettre écritede sa main que le commandant Herbillon mapporta dansla soirée :

Mon cher Joffre,

Paris , le 14 juillet 1916.

Ta lettre n° 9042 dhier, ma surpris et peiné !

Dis-toi bien que si jacceptais comme tu me le proposesde ne pouvoir aller aux armées sans que tu maccompagnes,et si je renonçais à mes visites lorsque tu pourrais ne pas mac-compagner, ni le gouvernement ni le Parlement ne consenti-raient à ce quils considéreraient comme une abdication, et toutcasserait.

Voilà la situation. Il faut que tu le comprennes et que tuladmettes. Sinon cest laventure.

Je ne crois pas avoir fait, lors de mes visites, quoi que ce soitqui puisse diminuer ton autorité à laquelle le gouvernementtient autant que toi-même.

De ton côté, tu as intérêt à ce que je sois le ministre.

Nous pouvons faire beaucoup à nous deux, à la condition quechacun puisse remplir sa mission. Cette condition domine,sache-le bien , l'ordre du jour de confiance de la Chambre et celuidu Sénat. Si elle nétait pas réalisée, il y aurait des naufragesavant deux mois. Il faut quelle le soit.

Le mieux est que tu me demandes de te renvoyer ta lettredhier. Ainsi elle nexistera plus.

Sinon je serai obligé de te répondre officiellement, et ce nepourrait être que dans le sens que je viens de tindiquer.

En ce qui concerne mon voyage de dimanche et de lundiavec le président de la République, nous ne pouvons lajournermême si tu ne peux nous accompagner.

Fidèlement.

Roques (1).

(1) Dossier personnel du général commandant en chef, tome II,cahier 3, pièce 95.