vue d’ensemble sur l’année 1915 3
de mes besoins et quels furent les progrès réalisés.
Si, pour nous, l’avenir se présentait hérissé de problèmes,la situation des Allemands était, à mon sens, bien plus diffi-cile encore, et c’est ce qui entretenait ma robuste con-fiance dans l’avenir.
Soutenus par un allié qui donnait déjà des signes évidentsde lassitude, il s’agissait pour eux de faire la guerre surdeux fronts. Profitant, il est vrai, d’un réseau ferré trèsdense, que prolongeaient les chemins de fer de Belgique etdu nord de la France , il leur était possible de transporterun corps d’armée d’un théâtre sur l’autre dans un délaiqui n’excédait pas vingt jours. Mais la question se posaitpour eux de savoir où ils porteraient leur effort : contreleurs adversaires de l’Ouest dont ils venaient de mesurerla puissance? Ou contre leurs ennemis de l’Est moins bienarmés, moins bien organisés, mais disposant à défautd’autres ressources d’un immense espace pour se rétabliren cas d’échec? Il semble bien que le commandement alle-mand , en présence de cette alternative, n’ait pas déter-miné clairement la voie dans laquelle il convenait de s’en-gager, et qu’il ait constamment hésité, même au tempsoù il remportait sur les Russes de si impressionnantssuccès, à jouer son va-tout et à se lancer dans une offen-sive décisive. Il adopta, en 1915, une solution moyennequi consistait à rester avec le maximum de ses forces dansune attitude défensive à l’ouest et à attaquer les Russesavec les moyens qu’il pouvait distraire sans danger dufront ouest, joints à ceux qu’il pouvait constituer avecses ressources. Une pareille solution porte, à mon avis,la marque d’un commandement peu avide de résolutionsdécisives. Elle montre aussi que les efforts accomplis, pen-dant cette dure année 1915, par les Anglais et les Français,ne furent pas vains, puisque pendant toute cette annéenous gardâmes l’initiative des opérations, et nous main-tînmes l’ennemi sous la menace constante de nos attaques.C’est ce qui ressortira du bref récit des actions franco-anglaises que je vais faire, en me bornant, à mon habi-tude, à préciser surtout quelle y fut ma part personnelle.