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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
de bonnes conditions, malgré l’extrême activité de l’ennemi. Le 10 juin, commença la dernière phase de prépa-ration de l’offensive.
L’objectif principal était la crête de Vimy (1). Sur cefront de 10 kilomètres environ étaient disposés du nordau sud cinq corps d’armée ; les réserves comprenaientquatre divisions et le 2 e corps de cavalerie.
L’attaque d’infanterie déboucha le 16 juin à 12 h. 15.Nos progrès furent très faibles, et la réaction ennemie,surtout celle de son artillerie, très violente.
A partir du 25, le général d’Urbal décidait, avec monautorisation, de suspendre l’offensive.
7 500 prisonniers, 24 canons, 134 mitrailleuses capturés,des pertes sévères infligées à l’ennemi, l’obligation pourlui de ramener sur notre front d’attaque toutes ses dispo-nibilités (une dizaine de divisions), la conquête par nousde la position adverse sur un front de six kilomètreset une profondeur de trois à quatre, tel était le bilande cette bataille qui marquait un progrès réel dans nosprocédés d’attaque et dans la puissance de nos moyens.
Par surcroît, cette affaire montrait, comme je viensde le dire, que «l’heure du succès est fugitive et que l’occa-sion est perdue si les troupes réservées n’interviennentpas sur-le-cbamp (2) ; » elle montrait aussi que les dispo-nibilités de l’ennemi étaient présentement faibles ; le jouroù notre situation en matériel nous permettrait de fixerl’adversaire par plusieurs attaques simultanées exécutéessur de grands fronts, nous pourrions espérer prendre l’en-nemi en défaut, l’obliger à accepter la bataille avec lesseuls moyens dont il disposerait sur place, et l’empêcherde ramener des réserves des points éloignés.
C’est sur ces données essentielles que j’établis les pro-jets de nos futures opérations.
Le 2 mai 1915, les Austro-Allemands avaient en-
(1) Cote 119, cote 140, La Folie, cote 132, le Point-du-Jour.
(2) Note aux armées n° 8192 du 20 mai 1915.