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2 (1932)
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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE

ne lui donnât pas toutes les ressources nécessaires pour agir;mais il a ajouté quil ne les demandait pas, certain de se lesvoir refuser. Or, dans des circonstances récentes, nous avonsmis successivement à sa disposition, sans quil le demande, la128 e division, puis la 15 e , et de lartillerie lourde. Je nai cesséde lengager à augmenter ses demandes en munitions de diversesnatures.

Dailleurs, nous travaillons tous uniquement dans lintérêtsupérieur du pays et je ne saurais admettre aucune arrière-pensée dans lexercice du commandement.

Au point de vue des méthodes de commandement, il ma étésignalé que Je chef détat-major naurait jamais fait person-nellement de reconnaissances sur le terrain. Il ne consentiraitjamais à tenir compte des renseignements que lui apportentles agents de liaison sur létat moral des troupes.

Laction de présence du chef, tant comme moyen de contrôleque comme stimulant des énergies et comme réconfort moral,semble être également négligée par le commandant de la3 e armée. Ses relations avec un trop grand nombre de sessubordonnés manquent de la confiance mutuelle indispensable(affaire Bonfait).

Jai eu également lécho de quelques plaintes tendant àfaire croire que les actes de courage ne seraient pas toujoursrécompensés avec la plus stricte impartialité. Le commandantdu 8 e bataillon de chasseurs, dont la valeur et la bravoure sontdepuis cinq mois reconnues de tous, na pu, malgré ses vingt-cinq annuités , obtenir la croix de la Légion dhonneur quautitre dancienneté. Par contre, loctroi de deux citations à unofficier de létat-major de la 3 e armée qui passe pour être liéavec le commandant de larmée, aurait produit une impressionfâcheuse.

Enfin, dun point de vue plus élevé, je nai pas constaté chezle commandant de la 3 e armée le désir sincère de méclairersur la valeur des généraux et chefs de corps sous ses ordres, nilindépendance de caractère nécessaire pour prendre de lui-mêmedes sanctions. Il sest à plusieurs reprises dérobé à me donnerpar écrit son appréciation sur des officiers manifestementinférieurs à leur tâche.

Lensemble de ces faits est de nature à nuire au prestigenécessaire au haut commandement, à la confiance complèteque les exécutants doivent avoir dans leur chef.

Je vous prie de faire à leur sujet une enquête approfondie