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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
ne lui donnât pas toutes les ressources nécessaires pour agir;mais il a ajouté qu’il ne les demandait pas, certain de se lesvoir refuser. Or, dans des circonstances récentes, nous avonsmis successivement à sa disposition, sans qu’il le demande, la128 e division, puis la 15 e , et de l’artillerie lourde. Je n’ai cesséde l’engager à augmenter ses demandes en munitions de diversesnatures.
D’ailleurs, nous travaillons tous uniquement dans l’intérêtsupérieur du pays et je ne saurais admettre aucune arrière-pensée dans l’exercice du commandement.
Au point de vue des méthodes de commandement, il m’a étésignalé que Je chef d’état-major n’aurait jamais fait person-nellement de reconnaissances sur le terrain. Il ne consentiraitjamais à tenir compte des renseignements que lui apportentles agents de liaison sur l’état moral des troupes.
L’action de présence du chef, tant comme moyen de contrôleque comme stimulant des énergies et comme réconfort moral,semble être également négligée par le commandant de la3 e armée. Ses relations avec un trop grand nombre de sessubordonnés manquent de la confiance mutuelle indispensable(affaire Bonfait).
J’ai eu également l’écho de quelques plaintes tendant àfaire croire que les actes de courage ne seraient pas toujoursrécompensés avec la plus stricte impartialité. Le commandantdu 8 e bataillon de chasseurs, dont la valeur et la bravoure sontdepuis cinq mois reconnues de tous, n’a pu, malgré ses vingt-cinq annuités , obtenir la croix de la Légion d’honneur qu’autitre d’ancienneté. Par contre, l’octroi de deux citations à unofficier de l’état-major de la 3 e armée qui passe pour être liéavec le commandant de l’armée, aurait produit une impressionfâcheuse.
Enfin, d’un point de vue plus élevé, je n’ai pas constaté chezle commandant de la 3 e armée le désir sincère de m’éclairersur la valeur des généraux et chefs de corps sous ses ordres, nil’indépendance de caractère nécessaire pour prendre de lui-mêmedes sanctions. Il s’est à plusieurs reprises dérobé à me donnerpar écrit son appréciation sur des officiers manifestementinférieurs à leur tâche.
L’ensemble de ces faits est de nature à nuire au prestigenécessaire au haut commandement, à la confiance complèteque les exécutants doivent avoir dans leur chef.
Je vous prie de faire à leur sujet une enquête approfondie