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2 (1932)
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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE

les Allemands en vue de soulager le front russe. Je visà ce sujet le général Gilinski dans la deuxième quinzainede décembre et lui exposai limpossibilité jétais, aprèsles efforts fournis en 1915 par larmée française, de donnersatisfaction à cette demande : je lui représentai que leprincipal fardeau de la guerre pesait sur la France enface de laquelle était massé le gros des forces allemandes :jajoutai que, par comparaison avec notre front, le frontoriental était pour ainsi dire dégarni par les Allemands.

Vers la même époque, les renseignements les plus précisme parvenaient de Russie signalant « le désordre effroyablequi régnait dans les communications russes » ; dailleurslord Kitchener avait attiré mon attention sur ce point :le trafic par les ports du Nord était interrompu vraisem-blablement pour toute la durée de lhiver ; les voies ferréesen construction dans la région de la mer Blanche étaientloin dêtre achevées ; dans ces conditions, il semblaitextrêmement dangereux de continuer à expédier du maté-riel de guerre vers les ports du nord de la Russie ; fautedes organisations nécessaires, ce matériel ne pourrait êtreni débarqué, ni entreposé, il risquait même dêtre entiè-rement perdu au cours dune navigation hasardeuse dansles mers polaires ou de trajets interminables en traîneaux.La question devenait donc angoissante : pour tenter dyremédier, javais tout dabord songé à envoyer en Russie une mission spéciale composée dofficiers et dingénieursfrançais pour organiser lexploitation du réseau de cheminde fer russe sur les bases de notre propre organisation;mais cette proposition se heurta à la susceptibilité russequi la fit échouer ; je proposai alors au président du Conseildagir sur le Japon pour obtenir de lui des fournitures dematériel supplémentaires, puis douvrir une voie de ravi-taillement par le Canada et la Sibérie : on mobjectalencombrement du transsibérien et ces propositions encorene furent pas suivies deffet (1).

(1) Lettres au président du Conseil des 24 décembre 1915 et3 janvier 1916.