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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
M. Briand fit valoir que, depuis la ligne du Vardar jus-qu’aux marais de la Chalcidique , les troupes alliées pour-raient incontestablement tenir contre les contingents en-nemis.
Rien n’y fit : le gouvernement britannique se montraintraitable. Il continua de soutenir que le maintien àSalonique du corps expéditionnaire était inutile et dan-gereux ; il accepta seulement de ne pas demander uneévacuation immédiate mais il entendait que la décisionde se réembarquer fût prise au plus tôt. On a vu qu’à laconférence de Chantilly, les représentants anglais sou-tinrent le même point de vue, cependant que les ordrespour arrêter les débarquements de matériel à Salonique étaient lancés de Londres .
Cependant, le 5 décembre, au cours d’un entretien avecnotre ministre M. Guillemin, le roi de Grèce donnait saparole que son armée n’attaquerait jamais nos troupes ;il consentait en outre à l’organisation défensive de Salo-nique ; ces nouvelles favorables eurent un heureux etprompt effet sur le gouvernement britannique qui devintmoins intraitable : en effet, quatre jours après, lord Kit-cbener, accompagné de sir Grey, apportait à Paris l’adhé-sion de leur gouvernement au maintien, tout au moinsprovisoire, du corps expéditionnaire franco-britannique àSalonique et à son établissement sur des positions for-tifiées.
Ce revirement si prompt est tout à l’honneur de laloyauté britannique ; depuis cette époque, le principe dumaintien de nos forces à Salonique ne fut plus sérieu-sement remis en question ; sans doute aux conférencesdes 22 janvier et 15 février suivant, le gouvernementbritannique essaya encore de reprendre la discussion ausujet d’une évacuation plus ou moins complète de Salo-nique , mais il n’insista pas et se borna désormais àrefuser toute augmentation d’effectifs.
Cependant, dès que l’accord du 9 décembre m’eut donnél’assurance que nous pourrions demeurer à Salonique avecle concours des Anglais , je donnai au général Sarrail qui