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ceux qui n’avaient pas encore été à Verdun et ne com-prennent pas de recrues de la classe 16 susceptibles de selaisser impressionner par le bombardement. En outre, sousdivers prétextes, il mettait un temps fort long à me rendreles unités retirées du front, afin d’augmenter la quantitéde celles qu’il gardait à sa disposition, trouvant toujoursinsuffisants les moyens que j’entendais consacrer à la2 e armée. Il ne libérait les états-majors qu’avec des retardstrès importants (1).
Il savait cependant que mes exigences avaient pourbut une reconstitution rapide des grandes unités en vuede leur réemploi ultérieur. Il n’ignorait pas que je cherchais,tout en alimentant la bataille de Verdun, à réserver leplus d’unités possible pour l’offensive de la Somme ; enfin,étant donné les moyens d’artillerie dont disposait alorsla 2 e armée, il semblait bien qu'une défense agressiveserait non seulement fructueuse, mais même plus écono-mique que la seule défensive passive. En mettant à sadisposition le 9 e corps d’armée, dernière troupe disponiblen’ayant pas pris part à la bataille de Verdun , j’avertisle général Pétain qu’il ne devrait plus compter que sur lui-même ou sur des troupes ayant déjà combattu; en facede lui, certains corps allemands d’ailleurs montaient auxattaques pour la troisième fois 1
Le commandant de la 2° armée était doué de très grandesqualités militaires qui l’ont, au cours de la guerre et enparticulier au début de la bataille de Verdun , justementmis en relief.
C’est par une amélioration constante de l’organisationdu commandement, par un sens tactique très aigu, unperfectionnement sans cesse renouvelé des procédés dedéfense, que Verdun a été sauvé, et c’est le général Pé-tain qui a été véritablement l’âme de tous ces progrès.On ne devra jamais oublier que par l’étude incessantedes procédés de combat ennemis, il a fait réaliser à notre
(1) C’est ainsi que les embarquements du 13 e corps d’armée, remisà ma disposition, durèrent du 25 mars au 6 avril 1916.