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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOF’UIE
d’Orient, sortant progressivement de ses lignes, vint sedéployer en avant du front fortifié et entama les travauxpréparatoires à une offensive éventuelle. Cette attitudene troubla d’ailleurs pas la sérénité de l’ennemi qui enlevasuccessivement du théâtre macédonien la presque tota-lité des divisions allemandes qui s’y trouvaient.
Poursuivant, d’autre part, l’exécution des décisionsprises le 12 mars, j’arrêtai le 25, et notifiai au généralSarrail les conditions dans lesquelles l’armée françaised’Orient serait organisée en vue de la guerre de mon-tagne. Cette transformation, immédiatement entamée, étaitterminée le 1 er juillet.
Il ne fut pas aussi facile d’obtenir la réorganisation del’armée britannique sur le type alpin. Sous divers pré-textes, l’état-major impérial, qui n’avait accédé qu’à contre-cœur aux conclusions de la conférence du 12 mars tou-chant les affaires d’Orient, chercha à éluder les engage-ments, à la vérité un peu vagues, qu’il avait pris.
Je ne tardai pas à m’apercevoir que l’obstruction que jeconstatais dans cet ordre d’idées n’était qu’une manifesta-tion de l’opposition de principe du gouvernement bri-tannique à toute opération dans les Balkans, oppositionà laquelle je m’étais heurté déjà et qui allait nécessiterde nouvelles et laborieuses négociations.
Dans le courant des mois de mars et d’avril, les retraitsdes forces ennemies sur le front macédonien me permet-taient de conclure que les démonstrations offensives dugénéral Sarrail n’étaient pas suffisantes pour fixer l’ennemi.J’avais été amené à penser que l’armée d’Orient devaitse mettre en mesure de prononcer une véritable attaquecontre un ennemi affaibli, aussitôt que l’armée serbe auraitété transportée à Salonique. Par surcroît, cette attitudede l’armée d’Orient aurait une influence certaine sur lesdécisions de la Roumanie travaillée en ce moment par ladiplomatie de l’Entente. Il me paraissait, en tout état decause, absolument inadmissible que 300 000 hommes detroupes alliées restassent l’arme au pied, tandis que lalutte générale était sur le point de s’engager.