MES RELATIONS AVEC LA POLITIQUE 409
ne me demandait pas une réponse immédiate, mais ildésirait l’avoir pour le lendemain, à 9 heures du matin, àl’ouverture du Conseil des ministres.
Accessoirement, je manifestai le désir de conserverauprès de moi le général Pellé. Pelle était V intelligence laplus ouverte, la plus déliée que j’aie peut-être rencontréedans ma carrière. Doué d’une puissance de travail prodi-gieuse, d’un dévouement à toute épreuve, d'une largeur devues, d’une finesse qui doublaient d’un admirable diplo-mate le magnifique officier que j’avais auprès de moi depuisde longues années, je regardais comme une injustice etcomme une faute de se priver de ses services.
M. Briand qui le connaissait, en convint. Mais il medéclara qu’il n'était plus possible de revenir sur la décisionprise, et que le général Pellé devrait aller prendre un com-mandement.
C’est ainsi que la politique applique le principe « del'utilisation des compétences ».
Nous parlâmes également du prochain départ du généralde Castelnau. Le président de la République m’avait,quelques jours auparavant, laissé entendre qu’une grandepartie de la Chambre désirait le voir écarté du grand quar-tier général. Je demandai à M. Briand ce que deviendraitle général de Castelnau à son retour de Russie . Le présidentdu Conseil me répondit que les partis de droite de la Chambreréclamaient pour lui le commandement d’un groupe d’ar-mées. Personnellement M. Briand était favorable à cettesolution qui contribuerait à lui assurer une majorité, et iln’y avait rien à y redire puisque le général de Castelnaucommandait déjà un groupe d’armées en 1915, quand jel’avais appelé auprès de moi, en décembre de la même année.
Je rentrai à Chantilly vers 17 h. 30. Dans la soirée,M. Étienne téléphona et demanda à ce que je le reçoivele lendemain à 7 heures. Il vint, en effet et me dit que laveille au soir, il avait été chargé par M. Briand, qui con-naissait nos relations d’amitié, de m’inciter à accepter lespropositions que celui-ci venait de me faire, et il fit appelà mon patriotisme pour me pousser à les accepter.