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Avant 1470, on ne peut pas prouver qu’en France on connut l’imprimerie autrementqueparlesagentsdestypographesrhénans. D’ailleurs,ceux-cimontrèrenttantd’empresse-ment à faire passer leurs éditions sur les marchés étrangers, qu’on a voulu y voir la causedelà tardive création des ateliers français . Ainsi Fust et Schôffer apportaient à Paris,aussitôtaprès leur publication, les ouvrages qu’ils imprimaient 16 ; puis, il eurent dans la mêmeville et à Angers un dépôt de livres tenu par Hermann de Stadtborn 17 . Un commercesemblable se faisait certainement en beaucoup d’autres endroits, sans que nous puissionsle saisir aussi bien sur le vif; cependant, des documents positifs enseignent que, de 1470à 1475, il avait une réelle activité à Lyon, Besançon, Toulouse, Tours , etc.
D’ailleurs, on ne sait que peu de chose non seulement sur ces importations, mais encoresur les pérégrinations et les travaux des premiers imprimeurs venus d’Allemagne enFrance . Ici, bien souvent, on reste dans les hypothèses. Plusieurs auteurs estimentque notre pays fut visité de très bonne heure par des typographes, qui voyageaient avecune petite provision de caractères, se dissimulaient dans les villes les plus peuplées poury fabriquer des plaquettes, livrets de piété, Donats, calendriers, et prenaient la fuiteaussitôt qu’ils étaient signalés aux écrivains de profession. Tout cela n’est pas impossible ;mais, comme rien n’est prouvé, il faut rester à cet égard dans une prudente réserve.
On constata, il est vrai, mais seulement après 1470 et surtout après 1475, un grandmouvement d’imprimeurs qui émigraient des bords du Rhin, depuis Cologne et Mayence jusqu’à Bâle, et se répandaient un peu partout en France , principalement dans la régionlyonnaise et le Languedoc. Ils imitaient la plupart des artisans et même des artistes deleur époque, Français et Allemands, qui se déplaçaient avec une étonnante facilité. Cesvoyages durèrent longtemps: de tous les typographes, dont on relève les noms en France au XV e siècle, ils ne sont qu’une infime minorité ceux qui ont exercé dans leur paysnatal. Et si l’on pousse plus loin les recherches, on observe que les villes, surtout depuisLyon jusqu’à Marseille, Toulouse et Bordeaux, étaient très cosmopolites: industriels,commerçants, artistes y arrivaient de partout. Les provinces du nord et de l’ouest res-taient sans doute plus fermées; néanmoins l’élément étranger s’infiltrait assez facilementdans les grands centres comme Paris 18 , Rouen, Poitiers, Angers.
Cela explique jusqu’à un certain point comment l’imprimerie s’est propagée en France. Pourtant, les typographes dont l’industrie tendait à ruiner plusieurs corporations trèsflorissantes, telles que celles des écrivains et des enlumineurs, rencontrèrent bien desdifficultés. Les ressources pécuniaires leur manquaient à presque tous, et quand il leurfallait faire face à tous les frais d’installation d’une imprimerie même rudimentaire, ou bienils restaient en détresse, ou bien ils étaient obligés de se faire aider, au moins dans leursdébuts. Si, dans le XV e siècle, une quarantaine de villes françaises possédèrent des atelierstypographiques, elles les durent en grande partie à ceux qui protégèrent ou commandi-tèrent les premiers imprimeurs: à Paris, ce furent des docteurs de Sorbonne; ce furentdes marchands à Lyon, Rennes, Mâcon et plus tard Avignon ; des évêques et des chanoinesà Poitiers, Troyes, Chartres, Salins, Grenoble, Narbonne, Embrun, Uzès, Limoges; des abbés et congrégations religieuses à Lantenac, Dijon, Cluny; des seigneurs à Bréhant-Loudéac. Ailleurs, ce fut le voisinage de cours opulentes et amies des arts (Angers, Tours, Chambéry, Angoulême, Nantes), ou bien un milieu parlementaire (Dole, Grenoble), qui assurait aux typographes un travail rémunérateur. Les classes élevées de la société