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L.-H. LABANDE
favorisèrent donc le mouvement; elles ne faisaient, du reste, que suivre l’exemple duroi Louis XI , qui avait si bien accueilli les prototypographes parisiens 19 et réponduavec tant de bienveillance aux-requêtes de Schôffer et Conrad Fust et de Koberger, lorsdu décès de leurs agents en France 20 . Enfin, certaines municipalités, comme à Avignon, se firent encore les protectrices du nouvel art.
Cette émigration des imprimeurs allemands forma deux courants d’intensité différente.Les premiers se dirigèrent sur Paris: ils furent de beaucoup les moins nombreux, carles Français, instruits par eux, se mirent aussitôt à l’oeuvre et leur firent une concurrenceredoutable; ils l’emportèrent même très vite et rayonnèrent à leur tour dans les provincesdu nord et l’ouest. Les autres suivirent la route de Lyon et gagnèrent l’est et tout lemidi. Là, ils exercèrent une véritable domination, que pourtant les Français et les Italiensbattaient sérieusement en brèche à la fin du XV e siècle.
La suite de cette étude sera donc divisée en deux grandes parties, qui concernerontce que j’appellerai l’école parisienne et l’école lyonnaise. Comme appendice, j’y joindrail’examen sommaire des quelques ateliers français, qui ne dépendirent ni de l’une ni del’autre.
§ II. ÉCOLE PARISIENNE.
La première imprimerie fondée à PARIS date seulement de 1470, alors que depuisplusieurs années déjà les typographes des bords du Rhin approvisionnaient ce marché 21 .Peut-être quelques ouvriers avaient-ils auparavant essayé d’exercer sur les rives de laSeine 22 ; faute de ressources, ils auraient disparu sans laisser de traces.
L’initiative de l’établissement de la première presse 23 appartient à un Allemand, JeanHeynlin, dit de La Pierre, et à un Savoyard, Guillaume Fichet , qui appelèrent auprèsd’eux trois autres Allemands, Michel Friburger, Ulric Gering et Martin Crantz. JeanHeynlin, originaire de Stein (grand-duché de Bade), avait étudié en l’Université deLeipzig (1452) et était venu à Paris en passant peut-être par Mayence , où il aurait connul’invention de Gutenberg 24 . Quoi qu’il en soit, il était à Paris dès 1459, et il y fut régentdes arts au collège de Bourgogne. Reçu (18 juin 1462) dans le fameux collège de la Sor-bonne, il repartit pourtant pour l’Allemagne en 1463 et fréquenta la jeune Université deBâle, où sans aucun doute il trouva moyen de nouer d’utiles relations avec des impri-meurs 25 . De retour en Sorbonne, il fut élu, le 25 mars 1468, prieur de la maison, puisrecteur de l’Université et bibliothécaire. Le 25 mars 1470 vit commencer son secondpriorat; il profita de sa situation pour installer les prototypographes parisiens dans lesbâtiments de la Sorbonne. Mais si ce fut lui qui eut le premier la perception exactedes services qu’ils rendraient dans un milieu universitaire aussi intense, il ne fut pas seulà prendre la responsabilité de leur convocation. Il se concerta en effet avec un de sescollègues les plus éminents, Guillaume Fichet , qui enseignait la philosophie et la rhétoriqueet occupait, en 1469 et 1470, l’emploi de bibliothécaire de la Sorbonne 26 .
Fichet, frère de l’évêque coadjuteur de Genève 27 , en relations suivies avec la courde Louis XI et les plus grands personnages de son temps, apporta à l’entreprise communeses propres ressources; de plus, il lui concilia l’appui de ses amis et la faveur de sespuissants protecteurs. Peut-être obtint-il une subvention particulière de l’opulent cardinalJean Rolin, qui l’honorait de sa bienveillance.