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L.-H. LABANDE
Le Liber elegantiarum de Lorenzo Valla, répondit encore au même dessein de fournirdes livres d’études à ceux qui fréquentaient l’Université. Tout cela, avec un ValèreMaxime et peut-être encore d’autres ouvrages que les bibliographes ont datés des moissuivants, fut le résultat des travaux de Friburger, Geringet Crantz pendant l’année 1471.
De 1472 sont les traités de Cicéron (De officiis, De amicitia, etc.), dont Fichet, le7 mars 1472, avait confié la préparation à de La Pierre; puis les Tusculanes du mêmeauteur, dont le texte avait été revu par un Allemand, Ehrard Windsberg, que Fichetparaît avoir fait entrer comme correcteur dans l’atelier de la Sorbonne. En avril,nos prototypographes offrirent à ceux qu’ils reconnaissaient comme leurs meilleursprotecteurs 35 , des exemplaires du Spéculum vitae humanae. Les mois suivants virentsans doute paraître les deux opuscules d’AeneasSylvius {De curialium miseria, Historiade duobus amantibus), les Epistolae Platonis, une traduction latine des lettres dePhalaris, Brutus et Cratès le Cynique, les Bucoliques et les Géorgiques de Virgile , lessatires dejuvénal et de Perse, les comédies de Térence, le De officiis de S. Ambroise 36 ,enfin le Sophologium de Jacques Legrand.
Pendant que s’éditaient les derniers volumes, Bessarion arrivait de Rome pourentraîner Louis XI à la croisade (août 1472). Il échoua dans sa mission, comme on lesait, et dut reprendre, désenchanté, le chemin de l’Italie . Fichet partit avec lui (septembre),sans doute après avoir liquidé les intérêts qu’il avait engagés dans la presse de laSorbonne, et quitta pour toujours Paris et la France 37 . Leur plus puissant auxiliairemanqua donc désormais à nos imprimeurs. Ils restèrent cependant quelques mois encore,jusqu’à quelle époque précise, on ne sait, dans les locaux qu’ils occupaient; mais, aucommencement de 1473, ils les avaient certainement quittés. D’ailleurs, tout leur échappaità la fois: Jean Heynlin les avait aussi abandonnés pour retourner à Bâle 38 .
Ils ne se découragèrent pourtant pas: connus avantageusement dans la capitale, ilsétaient encore assurés de la protection d’illustres personnages, qui, en février 1475, leurobtinrent du roi des lettres de naturalité; ils pouvaient donc espérer tirer de leur artdes ressources suffisantes. En sortant de la Sorbonne, ils formèrent une association, dontFriburger paraît avoir été le chef, s’installèrent dans la rue Saint-Jacques, en une maisonqui porta dès 1476 39 la célèbre enseigne du Soleil d’or, et s’occupèrent de la fonte dedifférents caractères gothiques. Enfin, le 21 mai 1473, ils achevèrent l’impression duManipulus curatorum : à vrai dire, ce n’était peut-être pas leur premier labeur en leurnouvelle maison 40 . Désormais, les trois typographes, travaillant à leurs risques et périls,eurent la responsabilité du choix de leurs publications; aussi manifestèrent-ils des pré-ocupations auxquelles Heynlin et Fichet étaient restés étrangers 41 . Ces derniers avaienteu pour objectif le relèvement du niveau des études classiques et l’épuration du goûtde leurs contemporains, soit par des préceptes, soit par la présentation de parfaits mo-dèles. Nos imprimeurs, obligés maintenant de compter avec le public, ne cherchèrentplus qu’à éditer des ouvrages d’une vente assurée et jouissant d’une vogue plus ou moinsjustifiée parmi le clergé et les étudiants. Notons ce dernier fait: Friburger et ses associésétaient dans la ville qui possédait l’Université la plus fréquentée et la Faculté de théo-logie la plus florissante.
Ils imprimèrent, jusqu’au 30 janvier 1478, un assez grand nombre d’ouvrages 42 ; maisparmi eux il n’en est guère qui méritent de retenir l’attention, sauf peut-être la Bible