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L.-H. LABANDE
lustre; avec un outillage perfectionné et des assortiments plus complets, il publia unebelle suite de volumes, surtout de théologie et de liturgie. Telle fut la longue carrièredu vétéran de la typographie parisienne, de celui dont l’influence, surtout dans les débuts,fut si importante et si décisive.
Friburger, Gering et Crantz, à peine sortis de la Sorbonne, n’avaient pas tardé à voirdes maisons rivales se créer auprès d’eux. La première concurrence leur vint des associésPieter Keysere,de Gand, maître des arts 56 , etjean Stol 57 , Allemand , qui s’installèrent rueSaint-Jacques 58 . Leur premier livre daté 59 , signé seulement de Keysere, est le Mani-pulas curatorum (22 mars 1474), et le dernier qui témoigne de leurs travaux communs,est une Rhétorique de Cicéron (septembre 1477) 60 . Keysere continua cependant à im-primer; on a conservé de lui le souvenir d’une édition des Epistolarum formulae deKarl Manneken 61 , datée de septembre 1478, qui fut contrefaite à Lyon par GuillaumeBalsarin ou un typographe ayant la même fonte 62 .
Une troisième imprimerie, et la première dirigée par des Français à Paris, s’ouvritbientôt en la même rue. Elle employa des caractères qui ressemblaient tellement à ceux deKeysere et Stol que pendant longtemps on n’a pas su les distinguer 63 . C’est celle qui eutpour enseigne le Soufflet vert 64 et qui fut conduite par une association d’ouvriers:Louis Symonel, Richard Blandin, Jean Simon, cum multis aliis in eodem laborantibus 65 .Elle fonctionna depuis 1475 au moins jusqu’au 28 avril 1484. Mais Richard Blandins’était retiré de bonne heure: en 1478, il avait établi avec Guillaume Frevier, près deNotre-Dame , un atelier qui semble avoir peu duré.
Dès lors se produisit une véritable floraison typographique: en 1476 66 , Pasquier Bon-homme, libraire juré de l’Université, fondait la presse qui devait éditer, le 16 janvier 1477,avec les Grandes chronicques de France, le premier livre en français à date certaine im-primé à Paris . Après lui, ce fut un inconnu 67 , dont l’œuvre principale fut une éditiondes Dialogues de Guillaume Ockam (1476), et qui publia vers la même époque quelquesrares ouvrages, avec des caractères analogues à ceux du Soufflet vert et à ceux de Key-sere et Stol. Plus tard, ce fut Guillaume Le Fèvre, dont on a des livres datés du 16septembre 1479 au 2 août 1480.
Plus célèbre fut Jean Dupré, qui donnait, le 22 septembre 1481, un Missel de Paris encollaboration avec Désiré Huym. Ce Missel est remarquable surtout par la présence dedeux grandes planches gravées sur bois, les premières que l’on rencontre dans uneédition parisienne datée. Un auteur récent 68 a vu dans leur facture la main de DésiréHuym, qui, peut-être Allemand 69 , se serait inspiré des procédés déjà usités à Strasbourg ,Mayence et Cologne . Ce n’est qu’une hypothèse : n’insistons pas. D’ailleurs Huym quittavite Dupré 70 . Celui-ci, après un séjour de quelques mois à Chartres (1482-1483), oùil transporta son matériel, revint dans la rue Saint-Jacques, et se signala surtout parl’impression de livres liturgiques 71 . Il employait dès 1483 des ouvriers vénitiens 72 etillustrait ses ouvrages de figures gravées sur métal. Le fameux libraire Antoine Vérardeut fréquemment recours à lui pour la publication de ses splendides volumes; peut-êtrecontracta-t-il une certaine association avec lui 73 .
Il y a peu de choses à dire ici sur le Tourangeau Louis Martineau (1481-1498), qui, lepremier des imprimeurs parisiens eut une marque 74 ; sur Michel de Toulouse , qui aprèsavoir édité les Casus brèves de Clarius (15 nov. 1482), ne semble plus avoir rien publié