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L.-H. LABANDE
que rarement sur les volumes qui sortirent de chez lui en 1498 et 1499. Peut-êtreWolf se retira-t-il, lorsque l’atelier, en pleine activité, fut transféré du pont Saint-Michel en la rue des Mathurins (150Q); ou bien sa disparition est-elle due tout simplement à sondécès. Quant à Kerver, il acquit une véritable célébrité par les belles éditions qu’ilpublia, soit à son compte, soit aux frais des libraires de Paris, de Dijon et d’Angers .D’ailleurs, son mariage avec la fille de Pasquier Bonhomme consolida encore sa situationdans la capitale. Jusqu’en 1522, date de sa mort, il fut un des plus brillants représentantsde l’imprimerie et de la librairie française.
Il est encore au moins deux Allemands qui exercèrent à Paris avant la fin du XV esiècle : l’un, Simon Doliatoris (Botticher?),originaire de Prusse , n’est guère connu 92 , maisl’autre, Georges Mittelhus, de Strasbourg , eut des destinées moins obscures. Bien qu’onl’ait signalé à Paris dès 1484, ce n’est qu’en 1488 que sa présence est certaine. Sescaractères, du moins dans les débuts, étaient allemands; quelques types même ressem-blaient à ceux de Jean Reinhard à Strasbourg ; mais plus tard, quand il dut renouveler oucompléter ses assortiments (dès 1492), il prit modèle sur ceux deses collègues parisiens 93 .
On ne saurait terminer cette revue sans signaler le nom des principaux libraires, quipar leur sens artistique et leur goût contribuèrent à la confection de chefs-d’oeuvre:Antoine Vérard, Simon Vostre, les de Marnef,Jean Petit, etc., occupèrent à juste titre uneplace d’honneur dans nos annales typographiques. Grâce à eux, les ateliers produisirentdavantage et des éditions plus soignées, et l’industrie du livre prit une note d’art trèscaractéristique. Enfin, leurs relations dans le centre, le nord et l’ouest de la France propagèrent plus rapidement encore l’influence des presses parisiennes.
Cette influence s’exerça d’abord à ANGERS , une des résidences préférées du roi René,où Hermann de Stadtborn avait établi un dépôt des livres de Fust et Schôffer. Lesdeux prototypographes, Jean de La Tour et [Jean ?] Morel, qui y imprimèrent une Rhéto-rique de Cicéron (5 février 1477), le Manipulus curatorum (19 septembre 1477) et uneédition des Coutumes d’Anjou, employèrent en effet des caractères à peu près semblablesà ceux du Soufflet vert ou à ceux de Keysere et Stol 94 . Ils possédèrent aussi un assor-timent de lettres analogue à la grosse fonte de Pasquier Bonhomme, avec lequel ilscomposèrent un Perse 95 .
Après un long repos, Jean de La Tour reprit ses travaux et se signala, le 3 août 1495,par une nouvelle édition du Manipulus 96 , aux frais de deux libraires; mais sans doute ilne pouvait lutter contre les importations des ateliers parisiens, rouennais ou poitevins,dont le libraire Jean Alexandre 97 était un agent très actif, car il cessa vite d’imprimer.
La petite ville de CHABLIS, au sud de Paris, posséda aussi une des premières unepresse intermittente, où s’exercèrent les Le Rouge dans les débuts de leur carrière 98 .Ce fut d’abord Pierre Le Rouge, lefutur imprimeur du roi à Paris, qui y signa, le 1 "avril 1478,le Livre des bonnes moeurs de Jacques Legrand. Cinq ans après, dans sa propre maison,un de ses frères (?), du nom de Jean, composa avec des caractères qu’il emporta à Troyes, le Bréviaire d’Auxerre (24 avril 1483) 99 . Plus tard encore, Guillaume Le Rouge, fils pré-sumé de Pierre et peut-être son élève, en tout cas ouvrier très habile, termina dans lamême bourgade un volume des Expositions des evangilles en françois, orné de gravures(18 octobre 1489); puis il partit, lui aussi, pour la capitale de la Champagne.