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L.-H. LABANDE
Légende dorée et à des Fables d’Ésope (26 août 1480) 170 , qui se recommandent par leursillustrations. Ils eurent un superbe caractère gothique, gravé et fondu par eux-mêmes;mais ils imitèrent aussi les types de Jean Reinhard à Strasbourg, ou de Ludwig deRenchen à Cologne 171 et ils firent venir de Bâle des modèles en usage chez JeanAmerbach 172 .
Leur association une fois dissoute (après le 20 août 1482), ils suivirent des voies diffé-rentes: Philippi resta imprimeur à Lyon , entra peut-être chez Barthélemy Buyer, maisparvint à avoir un atelier, où il travailla jusqu’en 1488, date de sa mort, tantôt seul, tantôtavec Jean Dupré 173 . Sa veuve conserva sa maison, fit paraître encore sous son nom unePragmatica sanctio (septembre 1488) et finit par se remarier avec un compatriote deson mari, l’imprimeur Jean Trechsel. Quant à Marc Reinhard, il quitta Lyon avec desassortiments de caractères qu’il porta àjean Reinhard, à Strasbourg 174 . Il y a donc là unexemple curieux d’influence en retour des presses lyonnaises.
Martin Huss 175 , le fondateur du troisième atelier, était aussi un Allemand . Né à Botwar 176 ,près Marbach dans le Wurtemberg , il avait vraisemblablement fait ses premières armeschez les typographes de Bâle. De là, il avait pris la route de Lyon et il avait pousséjusqu’à Toulouse , où nous le verrons imprimer en 1476, avec des caractères empruntésà Michael Wenssler 177 . Mais il revint sur ses pas et se décida à s’établir à Lyon , où ilcompléta ses assortiments : les uns vinrent de chez Bernhard Richel, de Bâle ; les autressemblent avoir été fondus d’après ceux de Johannes Sensenschmidt, de Nuremberg 178 .Il travailla d’abord avec un de ses compatriotes, Jean Siber, avec lequel il signa quelques-unes de ses premières éditions 179 . Cependant, malgré son activité, la fortune lui restaitinclémente 180 , et après le 14 août 1481, il disparut, sans même exécuter le Missel, que lechapitre de Lyon lui avait commandé le 16 janvier 1479 181 . Son passage mérite cepen-dant une mention spéciale: c’est de chez lui que sortit (26 août 1478) le premier livrefrançais daté, orné de figures sur bois, le Miroir de la rédemption humaine. Les 256bois, d’une exécution «rudimentaire et précieuse" 182 , qui illustrent cet ouvrage, venaientdirectement de Bâle , où ils avaient servi à Bernhard Richel pour une édition allemandedu même traité (31 août 1476) 183 .
Après le départ de son ex-associé, Siber monta un nouvel établissement typographique(1482) et se laissa influencer par les Vénitiens pour la fonte de ses caractères. Il nepublia qu’à intervalles plus ou moins éloignés et dut même recourir à Jacques Buyer,en 1498, pour couvrir les frais d’une édition des Distinctiones d’Henri Bohic 184 .
L’année même où il était arrivé à Lyon (1478), l’Allemand Gaspard Ortuin 185 vintaussi ouvrir un atelier, qui n’eut guère non plus de prospérité et dont on n’a signaléjusqu’ici que peu d’éditions 186 . Le roman de Mélusine, qu’il publia vers 1486, dénoteson association avec un de ses compatriotes, Pierre Schenck, précédemment imprimeurà Vienne dans le Dauphiné 187 . D’ailleurs, pour ce volume, tous deux avaient empruntédes bois à Guillaume Le Roy 188 .
Perrin Le Masson (Lathomi) 189 , arrivé de Lorraine à Lyon pour exercer l’art auquelil s’était certainement formé dans les villes rhénanes, réussit à publier une Bible latineen 1479; mais on le perd de vue pendant de longues années, et quand on retrouve desproduits de sa presse (1493-1494), ils sont signés de son nom accompagné de ceux deBoniface Jean, de Bergame 190 , et de Jean de Villevieille 191 .