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rue Saint-Jacques à Paris , avaient ici un moindre succès. La foule qui par toutes lesvoies affluait en cette ville, les commerçants et bourgeois aisés qui fréquentaient les foires,avaient d’autres goûts : sans doute, ils achetaient les livres de piété à la mode, mais leslivres français 153 , surtout de littérature, les romans de chevalerie, les fables et histoiresmerveilleuses les séduisaient davantage. Lyon possédait encore des écoles de droit trèsfréquentées: les imprimeurs s’y firent donc.aussi une spécialité des ouvrages juridiques.En revanche, on trouva chez eux peu de théologiens, excepté chez Nicolas Philippi, deVingle et Trechsel; on y rencontra aussi peu de classiques. D’autre part, point d’ou-vrages richement enluminés: les livres devaient être bon marché; s’adressant à un publicpeu raffiné, les illustrations étaient plutôt grossières. Peu à peu pourtant, le goût desartistes réagit et créa des oeuvres vraiment belles.
Quand on étudie de près la condition des imprimeurs lyonnais , on est frappé de ladifficulté qu’ils avaient à s’élever à une certaine aisance. Beaucoup d’entre eux étaienttellement pauvres, qu’on jugeait inutile de porter leurs noms sur les livres d’impôts;étaient-ils inscrits, on devait souvent réduire leurs cotisations ou les en décharger com-plètement 154 . Aussi, fallut-il l’intervention d’un riche marchand, Barthélemy Buyer 155 ,qui recueillit chez lui et défraya le premier imprimeur, pour que l’art de Gutenberg s’acclimatât en la ville de Lyon . Ce prototypographe fut Guillaume Le Roy, ou WilhelmKônig 156 . Originaire du pays de Liège, il aurait fait son apprentissage dans une cité desbords de Rhin et dans un atelier où il aurait eu pour compagnon Jean Koelhofif, qui futplus tard (1472) à Cologne , etWendelinde Spire, qui devait s’expatrier à Venise (1470) 157 .Le fait est que ces trois imprimeurs employèrent des caractères paraissant être d’unemême origine. Le Roy eut aussi d’autres fontes, notamment une gothique, lourde deforme et d’apparence flamande, dont il avait dû apporter le modèle avec lui et qui luiservit pour ses premiers labeurs 158 ; plus tard (vers 1480), il imita les types vénitiens, enparticulier ceux d’Erhard Ratdolt 159 .
Ses éditions sont toutes comprises entre les années 1473 160 et 1489 161 ; mais on con-state que, depuis le 4 avril 1480 162 , il n’imprimait plus pour Barthélemy Buyer, dont ils’était séparé pour avoir une maison à lui. Buyer conserva cependant sa presse et enconfia la direction momentanée très probablement à Nicolas Philippi 163 ; il y intéressaaussi son frère Jacques 164 , qui prit une part active à l’édition de plusieurs ouvrages.Quant à Le Roy, éditeur de nombreux livres de littérature française 165 , un des premiersà Lyon, il appliqua la gravure à l’illustration de ses imprimés: d’abord d’un dessingrossier et d’un style bâtard, inspirés des Flamands ou copiés surdes originaux allemands,ses bois s’améliorèrent peu à peu, surtout lorsqu’il prit à son service des graveurs fran-çais 166 , qui surent donner à leurs compositions une expression plus vive et une allureplus légère.
Ses premiers concurrents semblent avoir été deux associés allemands : Nicolas Philippi,dit Pistoris 167 , originaire de Bensheim près de Darmstadt, et Marc Reinhard, de Stras-bourg 168 , sans doute le frère du Jean Reinhard, dit Grüninger, qui imprimait dans laville, théâtre des premières recherches de Gutenberg. L’un et l’autre avaient donc étéformés dans des ateliers des bords du Rhin. Arrivés à Lyon dès 1477 169 , ils éditèrentune certaine quantité de traités de droit et de livres de piété en latin; en revanche peud’ouvrages français. Parmi ces derniers cependant, on doit une mention spéciale à une
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