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Jean Klein 222 , alias „Schwab“, „Suabe“, était très probablement arrivé de la Souabe ,d’où son nom. On a prétendu qu’il travaillait à Lyon dès 1488 ou 1489, mais il est àpeu près certain qu’il n’était venu que bien plus tard 223 . Il est à supposer qu’il entradans l’atelier de Trechsel, ce qui lui permit de terminer l’Avicenne et de succéder àson ancien patron, dont il conserva tout le matériel et dont il copia même la marque enmodifiant seulement les initiales.
Parmi les nombreux Allemands, qui, avant ou en même temps que lui, ouvrirent àLyon des ateliers typographiques, il y en eut trois qui méritent encore d’être mentionnés :Jean Schmidt (Johannes Fabri), Michael Wenssler et Nicolas Wolf. Le premier 224 ,signalé dès 1482, ne semble guère avoir imprimé avant 1490; ses éditions, assez rares,s’échelonnent le long des années 1490, 1491, 1493 et 1494.
Michael Wenssler 225 , de Strasbourg, avait peut-être été le premier typographe deBâle 226 . Ancien étudiant de l’Université de cette ville, il s’était consacré tout entierà l’art nouveau ; mais la fortune ne lui avait pas souri, et après avoir vendu son atelier àJacques Steinacker (1490), il avait dû s’expatrier. Grâce à Mathias Huss, qui lui louasans doute une partie de son matériel, il put exécuter à Cluny, puis à Mâcon, les travauxque je signalerai ci-après (1493-1494). Mais il n’y avait guère qu’à Lyon où il pût espérerun travail suivi: il vint donc s’installer dans cette ville dans le courant de 1494. Le1 er avril de l’année suivante, il y donna une édition du Sexte, qu’il fit suivre, les 13 maiet 4 décembre 1495, des Clémentines et du Décret de Gratien 227 . Son nom retombeaprès cela dans l’obscurité, mais on sait qu’en 1498 il était encore à Lyon et conservait saqualité d’imprimeur 228 .
Quant à Nicolas Wolf 229 , né à Lutter, dans le duché de Brunswick, il fut un des pre-miers fondeurs de caractères qui se soient consacrés exclusivement à cette industrie :Neumeister, Balsarin, Klein, Trechsel, de Vingle, Dupré, pour ne citer que ceux-là,furent ses clients. Cependant il était en trop bonne situation pour ne pas essayer demonter lui aussi un atelier typographique. Et de fait il s’y décida et ne parut pas avoirà s’en repentir. Son premier livre connu est du 18 novembre 1498, et dès cette époqueses éditions se succédèrent avec une rapidité de bon augure 230 .
Tous les imprimeurs, que je viens de signaler, représentèrent à Lyon l’élément ger-manique, ils furent les propagateurs des méthodes en usage dans les villes rhénanes.Mais à côté d’eux s’exerçaient une influence française si vivace et si profonde qu’elle finitpar l’emporter, et une influence italienne due surtout aux Vénitiens . Cette dernière,dont plusieurs Allemands n’ont pas été indemnes 231 , était la conséquence des incessantesrelations commerciales de la ville de Lyon avec le nord de l’Italie ; elle fut augmentéeencore par l’arrivée de typographes originaires de cette région ou qui y avaient travaillé.Parmi eux, il y a lieu de citer, avec les associés déjà mentionnés de Perrin Le Masson,Janon Carcagni, Marino Saraceni, Jacobino Suigo, Nicolas de Benedictis, Bonin deBoninis et Jacobo Zacchoni, dit Arnollet.
Carcagni 232 se trouvait à Lyon dès 1485 et publiait, le 23 juin 1486, le Bréviaire del’église de cette ville 233 , qu’il réédita le 5 mars 1499. Les caractères qu’il y employasont bien italiens et ressemblent quelquefois à s’y méprendre à ceux qui étaient usitésà Bologne et à Rome, notamment chez Eucharius Silber . Ceux qu’apporta MarinoSaraceni 234 étaient plutôt vénitiens 235 . Il arrivait en effet tout droit de Venise 236 et publia