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Je passerai rapidement sur les noms de Jean Bachelier 259 et de Pierre Bartelot 260 , quitravaillaient ensemble dès le 14 juillet 1496; de Claude Daygne, dit Vicaire 261 , origi-naire de Salins, qui après avoir été compagnon (1490-1492) du Berrichon JacquesArnollet, imprima pour son propre compte (1497 et 1498) avec des caractères imités deParis; du même Arnollet 262 , qui paraît s’être approvisionné de matériel à Paris et aété cité, sans preuves bien apparentes, parmi les typographes génevois; de Jean Pivard 263et du Poitevin François Fradin 264 , d’abord associés (1497), puis imprimeurs dans desateliers séparés. Mais il est une mention toute particulière à faire du Picard Jean deVingle 265 , dit d’Ambeville, qui, sans avoir la renommée de Jean Dupré, se fit avan-tageusement connaître, dès 1494, par ses nombreuses éditions, surtout de classiques etde romans de chevalerie.
Il y aurait encore bien des choses à ajouter; mais il faut se borner. Ce qui précèdedonnera peut-être une idée de la part prise à Lyon par les Allemands, les Italiens et lesFrançais dans la pratique de l’imprimerie. Il s’agit maintenant de montrer le rayonne-ment de leur influence et d’indiquer comment se rattachent à eux les typographes qui ontexercé dans tout le sud et l’est de la France.
Au point de vue typographique, TOULOUSE, véritable capitale du sud-ouest de laFrance 266 , n’est guère que le prolongement de Lyon. Il se faisait en effet entre les deuxcités un échange industriel et commercial des plus constants; les marchands qui ven-daient à Lyon les livres publiés en Allemagne, en Italie ou à Paris, se rendaient à Tou-louse 267 . Les premiers imprimeurs, qui vinrent de la Germanie en Languedoc, passaientpar l’étape intermédiaire de Lyon et y conservaient des relations: plusieurs même, je lemarquerai plus loin, durent s’y fournir de caractères. La parfaite similitude des papiersemployés pour les éditions de l’une et l’autre ville, augmentait encore l’air de parentéqu’elles avaient entre elles. Sans insister sur ces rapprochements, on peut aussi faireobserver que, même lorsque les presses toulousaines furent en pleine activité, ons’adressait à Lyon pour certains labeurs. Michel Topié imprimait les Ordonnances pourle Languedoc 268 ; le Missel d’Auch de 1491, dont le marchand toulousain Hugues „deCossio“ fit les frais, commel e Missel de Toulouse édité par Étienne Clébat en 1490, étaitillustré de gravures signées du maître lyonnais I. D 269 .
Aussi à peine l’imprimerie fut-elle introduite à Lyon qu’elle se propagea à Toulouse. L’époque précise où cet événement a eu lieu n’est pas connue. Sans doute on a citéune édition de la vie de sainte Jeanne, qui aurait été faite avant le 14 mars 147 5 270 ,mais on n’a pas à ce sujet de document bien probant. Cette date n’aurait rien quisurprenne, car on eut des volumes imprimés à Toulouse dès le 20 juin 1476. Ils étaientl’oeuvre d’un typographe resté longtemps anonyme et dont le Dr. Desbarreaux-Ber-nard 271 et Mlle. Pellechet 272 ont dévoilé la personnalité: c’est Martin Huss , de Botwar,celui que l’on retrouva plus tard à Lyon. Il était arrivé de Bâle , d’où il avait apportéun matériel acheté en partie chez Michael Wenssler 273 . Probablement il n’était passeul et avait emmené avec lui un de ses compatriotes: l’Allemand Henri „Tornerii“(Dreher?), dont on constate la misère en 1483, devait être avec lui. D’ailleurs, peut-être est-il possible d’interpréter les lettres H T D B M H O, qui terminent le Desponsalibus d’Antonin de Florence imprimé avec les caractères de Huss, comme un