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en 1491, avait fait venir et installé dans le cloître de Saint-Just une équipe d’ouvriers 367 .Ceux-ci, avec un petit caractère gothique, dont les similaires se retrouvent plus spécia-lement chez Jean Siber, à Lyon, exécutèrent le Bréviaire de l’église de Narbonne , quifut terminé le 31 octobre 1491.
Ce fut pour un même travail que Jean Rosenbach 368 , d’Heidelberg , qui de Germanieétait passé à Barcelone (1492) et à Tarragone (1498), arriva à PERPIGNAN . Il ne secontenta pas seulement d’y imprimer en l’an 1500 le Breviarium Elnense, car ce n’estqu’en 1503 qu’il reprit la route d’Espagne.
On pourrait peut-être encore jusqu’à un certain point rattacher à l’école lyonnaise les im-primeurs qui se rencontrèrent à GRENOBLE au XV e siècle 369 . Le premier fut ÉtienneForet; il vint s’installer devant l’église Sainte-Claire, pour y publier (29 avril 1490) lesDecisiones parlamenti dalphinalis, compilées par Guy Pape. C’est d’ailleurs son seulouvrage connu. Quelques années après lui, Jean Bellot, originaire de Rouen, qui, en1493, avait importé l’art typographique à Lausanne, arriva en la même ville, appelé soitpar l’évêque Laurent Alleman, soit par les chanoines de la cathédrale. Il y signa, le20 mai 1497, le Missel à l’usage du diocèse et profita sans doute aussi de son séjour àGrenoble pour éditer les Statuta synodalia nova du même diocèse, qui avaient été pro-mulgués le 13 mai 1495 370 . Mais il ne se fixa pas dans le Dauphiné, où la concurrence dulibraire Antoine Baquelier 371 et des agents des imprimeurs lyonnais était trop redoutable;ce fut à Genève qu’il se retira 372 .
Telle fut, dans ses grandes lignes, l’école typographique lyonnaise et tel fut le rayonne-ment de son influence 373 . N’avons-nous pas raison maintenant d’affirmer que l’actiondes imprimeurs de Cologne, Strasbourg et Bâle y fut des plus décisives?
§ IV. ATELIERS TYPOGRAPHIQUES
EN DEHORS DE L’INFLUENCE DES ÉCOLES PARISIENNE ET LYONNAISE.
Sous cette rubrique, je passerai en revue les ateliers, placés près des frontières de laFrance , qui ont été créés par des imprimeurs ou montés avec un matériel provenant desFlandres, de la Suisse ou de l’Italie .
Dans la première série rentrent les petites presses qui fonctionnèrent à peu près simul-tanément en Bretagne . Les caractères gothiques qui furent en usage à Bréhant-Loudéac,Rennes et Tréguier, appartiennent en effet à une famille de types flamands fondus surle modèle de ceux d’Arendt de Keysere à Gand et de Rodolf Loeffs à Louvain . Commel’a fait remarquer un bibliographe 374 , le corps supérieur servit à Bréhant-Loudéac, lemoyen à Tréguier, le bas de casse à Rennes. „ C’était le même matériel composé detrois fontes graduées, qui avait été réparti entre les trois ateliers."
Les travaux que Robin Fouquetet Jean Crès exécutèrentà BRÉHANT-LOUDÉAC 375 ,sous la protection de Jean de Rohan, seigneur du Gué-de-l’Ile, se placent entre décembre1484 et le 3 juillet 1485. Ils répondaient à l’idée qu’on avait eue de donner, sous une formefacilement accessible et en langue française, une petite encyclopédie religieuse, moraleet politique 376 . Ce sont de courts livrets, à l’exception des derniers, le Mirouer d’or del’ame pecheresse, la Vie de Jesus-Crist, et les Coustumes de Bretagne, qui sont desoeuvres plus importantes et paraissent avoir été éditées par les typographes à leursrisques et périls.