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L.-H. LABANDE
Après le 3 juillet 1485, ils n’imprimèrent plus à Bréhant 377 , mais deux ans et demiaprès,Jean Crès se trouvait à l’abbaye Bénédictine de LANTENAC 378 , où, avec d’autrescaractères d’origine flamande 379 , il composait le Voyage en Terre Sainte de Jean deMandeville (26 mars 1488). Ses travaux étaient intermittents: le 5 octobre 1491, ilsignait encore un livret, le Doctrinal des nouvelles mariées , et à une autre date inconnue,il publiait les Sept pseaulmes penitenciaux 380 .
A RENNES 381 , l’atelier contemporain de celui de Bréhant, était dirigé par maître PierreBellesculéeetparjosses. Pierre Bellesculée, nous le connaissons 382 : c’était le futur associéde Jean Bouyer à Poitiers . Les deux typographes réussirent, avec le concours d’unriche bourgeois, nommé Jean Huss , à publier, le 26 mars 1485, la première éditionparue en Bretagne 383 , des Coutumes et constitutions du duché. Puis, dans le courantde la même année, ils donnèrent encore un Floret en franczois et cela fait, ils disparurent.
Le typographe qui signait la. P. à TRÉGUIER 384 , agit à peu près de même façon: il im-prima aussi (4 juin 1485) une édition de la Coutume et des constitutions de Bretagne , puisun Grécisme d’Ébrard de Béthune, et ne laissa pas plus de traces de son passage. Tréguiervit cependant le fontionnement d’une nouvelle presse avant le XVI e siècle: Jean Calvezvint y publier, le 5 novembre 1499, le Catholicon, «lequel contient trois langaiges,scavoir breton, franczoys et latin“, qui avait été composé par Auffret de Quoatqueveran,J. Lagadec et Yves Ropertz 385 .
Si nous considérons la Flandre française elle-même, nous voyons, tout à fait à la fin duXV e siècle, l’établissement à VALENCIENNES d’une petite presse, avec laquelle Jeande Liège imprima six plaquettes ornées de bois, et devenues très rares : c’étaient desoeuvres de Jean Molinet, Georges Chastelain et Olivier de La Marche ( 1500) 386 . Maistous ces ateliers bretons ou flamands n’eurent pas une réelle importance.
A l’autre bout de la France, CHAMBÉRY, une des résidences préférées des ducs deSavoie, vit imprimer, de 1484 à 1486, plusieurs livres français illustrés fort intéressants 387 .Antoine Neyret, qui les composa, venait très probablement de Genève, et avait peut-êtretravaillé auparavant chez Louis Cruse, dont il imita les types. Sa première oeuvre àChambéry fut sans doute une traduction française de VOpus tripertitum de Gerson, maisc’est seulement sur YExposition des evangilles et des epistres d’après Maurice de Sully, que l’on trouve la date la plus ancienne de ses productions (6 juillet 1484). Il donnaensuite le Livre de Baudoyn (29 novembre 1484), deux éditions du Livre de bonne viede Jean Dupin (mai 1485 et 10 décembre suivant), enfin le Livre du roy Modus. Deuxde ces ouvrages étaient ornés d’un bois avec armoiries et devise du duc de Savoie: cefait, ainsi que le choix des volumes, ne laissent aucun doute sur la préocupation queNeyret avait d’attirer sur lui l’attention des seigneurs de la cour. On lui a encore attribué,dans un autre genre d’idées, une édition de YHistoria scolastica de Pierre Comestor,. pour laquelle il aurait eu une nouvelle fonte d’après les modèles d’Henri Witzburg, àRougemont 388 . A quelle cause faut-il attribuer la fermeture d’un établissement aussiactif, on n’a pas encore pu le dire 389 .
La ville archiépiscopale d’EMBRUN, au sud de Chambéry, eut momentanément unatelier typographique italien, mais dirigé par un Français, Jacques oujacotin Le Rouge 390 .